#-^^ .r:^-'i *>i' &i ^ l^r' v^r '•ii7,% e-'m ^ qi ^ A'«^ NË '***'!:■ ■3é:'*S"-^ .m.-r ,f¥. «i^.^: >i,3*s^- •-.•f^ïi »*■ MARINE BIOLOGICAL LABORATORY. Received Accession No. 5 '^^ \ Given by Place, ***f4o book op pamphlet is to be removed trom the LiQb- opatopy taithout the permission ot the Trustées. a»^' \^. vf 2_ / LA CELLULE I -5/. LA CELLULE RECUEIL DE CYTOLOGIE ET D'HISTOLOGIE GÉNÉRALE PUBLIE PAR T. B. CARNOY, professeur de biologie cellulaire, G. GILSON, PROFESSEUR dV.MBRYOLOGIE, J. DENYS, PROFESSEUR d'aNATOMIE PATHOLOGIQUE, A l'UnIVEP.SITÉ CATHOLKiUE DE LoUVAlN. AVEC LA COLLABORATION DE LEURS ÉLÈVES ET DES SAVANTS ÉTRANGERS. TOME VI !■■ FASCICULE. I. Nouvelles recherches sur la digestion chloroformique , par H. DE MARBAIX et J. DENYS. II. Contribution à l'étude de l'action pathogène du Bacille commun de l'intestin par Fr. VENDRICKX. III. Recherches sur l'existence de la trypsine dans différents viscères par H. DE MARBAIX et J. DENYS. IV. La subérine et les cellules du liège par Eugène GILSON. V. La soie et les appareils séricigènes — par G. GILSON. VI. Recherches histologiques sur l'appareil digestif de la larve de la Ptychoptera contaminata par A. VAN GEHUCHTEN. LIERRE C LOUVAIN Typ. de JOSEPH VAN IN & C'^ Aug. PEETERS, Libraire, rue Droite, 4.S. ',/ rue de Namur, 11. i8go /^^3 NOUVELLES RECHERCHES SUR LA DIGESTION CHLOROFORMIQUE PAR H. DE MARBAIX & J. DENYS ASSISTANT AU LABORATOIRE PROFESSEUR DANATOMIE PATHOLOGIQUE A l'université de louvain Travail du laboratoire d'anatomie pathologique et de pathologie expérimentale. (Mémoire déposé le i avril 1890.J ^■Tz, / NOUVELLES RECHERCHES SUR LA DIGESTION CHLOROFORMIQUE(i). Dans un précédent travail(2), nous avons prouvé qu'en ajoutant certaines substances au sang de chien, de chat, de lapin et d'homme, on donne lieu à une formation de peptones. Les corps capables d'opérer ce dédoublement sont le chloroforme, l'éther, l'alcool, l'acide phénique, le thymol, et peut- être beaucoup d'autres encore. Nous avons établi également que tous les corps albuminoïdes qui entrent dans la composition du sang ne sont pas aptes à servir de substratum à cette digestion. Parmi ceux qui se laissent attaquer, il faut ranger l'hémoglobine et la fibrine; ils fournissent certai- nement la plus grande partie, si non la totalité des peptones formées. Quant à la globuline et à la serine du sérum, elles sont réfractaires. Nous avons fait voir, en outre, que la scission des albumines va jusqu'à la formation de leucine et de tyrosine, et qu'elle ne peut se faire que dans un milieu de composition déterminée. Celui-ci doit être ou légèrement alcalin, ou neutre, ou à peine acide. Nous disons légèrement alcalin, car le phénomène est enrayé par la présence de i o/o de carbonate de sodium ; nous disons en outre à peine acide, car il suffit de la présence de quelques millièmes d'acide, organique ou inorganique, pour rendre la digestion im- possible. De plus, il faut la présence d'une certaine quantité de sels neutres. Quant à la nature intime du phénomène, nous n'avons pas pu l'élucider avec toute la certitude désirable. Deux hypothèses peuvent être formulées : ou bien la peptonisation est l'effet d'une action directe du chloroforme et des substances similaires sur l'hémoglobine et la fibrine, ou bien elle est le résultat d'un ferment auquel ces substances donneraient naissance. (i) La plupart des expériences suivantes ont été exécutées pendant les trois derniers mois de l'année 1889. (2) J. Denys et H. De Mareaix : Sur les peptonisations provoquées par le chloroforme et quelques autres substances; La Cellule, t. V, 1889. 4 H. DE MARBAIX et J. DENYS Nous n'avons pu établir laquelle de ces deux hypothèses était la vraie. Tout au plus avons nous montré que, si l'on opine pour l'intervention d'une zymase, il faut admettre qu'elle peut dériver de la fibrine elle-même, ou du moins des globulines que celle-ci cède peu à peu aux solutions salines. Nous nous proposons de continuer dans les pages suivantes l'étude de ce que nous avons appelé la digestion chloroformique, et nous commençons par examiner ce qui arrive, quand, au lieu de mettre la fibrine de chien dans le sérum de- chien, on l'introduit dans le sérum de quelques autres espèces : bœuf, porc, cheval, etc. Expériences de digestion de la fibrine de chien dans le sérum de bœuf, de porc et de mouton. Nous savons par nos expériences antérieures, que la fibrine de chien se dissout dans le sérum de chien chloroformé après trois heures en moyenne, quelquefois plus tôt (après deux heures», mais d'autres fois aussi plus lentement (après quatre heures). Le tableau suivant rapporte le résultat de quelques expériences avec de la fibrine de chien et du sérum chloroformé ou éthérisé (lo o/o) de di- verses autres espèces animales. TABLEAU I. { PROVENANCE DU SERUM RESULTATS id. 4 id id. 3 id id. 4 id id. 5 id id. 9 id Sérum de veau 1. Aucun changement après 5 jours. id. II. Sérum de porc I. id. II. id. m. Sérum de mouton. Ainsi la fibrine de chien, qui se dissout d'ans son sérum en quelques heures, est encore intacte après 3, 4, 5 et 9 jours dans les sérums étrangers de bœuf, de porc et de mouton. Et qu'on ne dise pas que nous nous sommes servi d'une fibrine de chien réfractaire pour l'un ou l'autre motif. Non, car outre que les fibrines employées proviennent toutes d'animaux diffé- rents, ce qui exclut tout effet de hasard, nous avons souvent eu l'occasion. SUR LA DIGESTION CHLOKOFORMIQUE 5 par des tubes témoins, de nous assurer que notre fibrine possédait toutes les qualités requises. Voici une de ces expériences. La fibrine employée est de la fibrine de chien. TABLEAU IL NATURE DU ÉTAT DES TUBES APRÈS SÉRUM 21/2 H. 4 '/2 H 3 JOURS 5 JOURS Sérum de chien Presque tout est Dissolution complète. chloroformé. dissous. Sérum de chien non cliloroformé. Odeur de putréfac- tion. Sérum de veau chloroformé. En voici une autre faite avec de la fibrine provenant d'un exsudât inflammat-oire. A l'occasion de l'autopsie d'un chien mort de péritonite à la suite d'une injection d'acide acétique dans le ventre, nous recueillons entre les anses intestinales des membranes de fibrine épaisses et gorgées d'un exsudât trans- parent et incolore. Après avoir été malaxées dans l'eau, ces membranes ont perdu presque tout le sérum dont elles étaient imprégnées; elles ne forment plus qu'une masse constituée par des filaments et des membranes minces, par conséquent éminemment propre à subir l'action d'une digestion. Malgré cet état de division profonde, les résultats furent les mêmes, comme on peut le voir par le tableau suivant. TABLEAU IIL COMPOSITION DES TUBES ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS 3 HEURES 6 JOURS Exsudât péritonéal du chien. Sérum de veau. Sérum de porc. Dissolution, o o o o 6 H. DE MARBAIX et J DENYS A quoi tient l'absence de dissolution dans le sérum du bœuf, du porc et du mouton? C'est ce que nous allons examiner. La digestion chloroformique exige, outre la présence du chloroforme ou d'une substance similaire, une réaction déterminée et la présence d'une certaine quantité de sels. Voyons si l'une ou l'autre de ces deux conditions fait défaut. Commençons par la réaction. Comme le sérum de chien, les sérums de bœuf, de porc et de mouton sont légèrement alcalins, ce n'est donc pas la réaction que l'on peut incrimer. Du reste, nous savons par nos expériences précédentes que la peptonisation est possible dans un milieu neutre et même dans un milieu très faiblement acide; elle est aussi compatible avec une augmentation d'alcalinité (1/2 0/0 de carbonate de sodium). Ce n'est pas d'avantage parce que ces sérums sont trop riches ou trop pauvres en sels , car le sérum de chien supporte de fortes dilutions avec l'eau pure sans perdre son pouvoir digestif. Le tableau suivant en fournit une preuve. TABLEAU IV. QUANTITÉ quantité d'eau pure ÉTAT DE LA FIBRINE DE CHIEN Aï R È s DE SERUM DE CHIEN I H. 2 H. 3 H. 4 H. 17 H. 5 J.' 10 ce. ce. G Désagréga- tion. Dissolu- tion quasi complète. Dissolution complète . 8 ce. 2 ce. id. Les 3/4 diss Traces. Dissolution. 6 ce 4 ce. id. La 1/2 diss. Presque tout diss. Pas de change- ment. Pas de change- ment. 4 ce. 6 ce. G id. id id. id. id. 2 ce. 8 ce. Un peu de désagréga- tion. id. ce. 10 ce. G On peut se demander si l'absence de pouvoir digestif n'est pas dû à ce que la proportion des divers sels dissous dans le sérum diffère d'espèce à SUR LA DIGESTION CHLOROFORMIQUE 7 espèce, et est peut-être impropre chez quelques-unes à la digestion chloro- formique. Mais, l'expérience suivante le prouve, on peut modifier profondé- ment cette proportion, par exemple en diluant le sérum de chien avec de l'eau salée physiologique, sans lui enlever ses propriétés. TABLEAU V. QUANTITÉ QUANTITÉ DEAU SALÉE I H. ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS DE SERUM DE CHIEN 2 H. 3 H. 4 H. 17 H. 5 j. lo ce. o ce. o Désagrég. Encore des traces. Dissolution complète. 8 ce. . 2 ce id. 45 diss. Encore des traces. Même état Dissolution complète. 6 ce. 4 ce. o id. 3/4 diss. id. id. id. 4 ce. 6 ce o id. 1/2 diss. id. id. id. 2 ce. 8 ce. o id. 1/2 diss. id. id. id. ce. 10 ce. o Désagrég. comm. 1/2 diss. id. Si l'on fait abstraction de quelques restes insignifiants, la dissolution s'est opérée dans tous les tubes dilués en 4 heures. Il a fallu serulement une heure de plus que pour le témoin avec du sérum pur. Ce n'est pas non plus la concentration du sérum de bœuf, qui est un obstacle à la digestion ; car dilué avec de l'eau pure ou de l'eau salée, il n'en reste pas moins impuissant. TABLEAU VL QUANTITÉ QUANTITÉ ÉTAT DE LA FIBRINE DE SÉRUM DE d'eau PURE OU DE CHIEN VEAU SALÉE APRÈS 54 HEURES 10 ce. ce. Intacte. 6 ce. 4 ce d'eau pure. id. 2 ce. 8 ce id. id. 6 ce. 4 ce d'eau salée. id. 2 ce. 8 ce. id. 8 H. DE MARBAIX et J. DENYS Fait surprenant, et qui prouve mieux encore que toutes les expériences précédentes que ce ne sont ni la réaction ni la composition saline qui iont obstacle à la dissolution, c'est que les scriims de bœuf, de porc et de mouton, bouillis et filtres, acquièrent les qualités du sérum de chien et dissolvent la fibrine après addition de chloroforme ou de substances similaires. En voici deux exemples : le premier avec du sang de bœuf bouilli après acidification et rendu ensuite légèrement alcalin, le second avec du sérum de mouton simplement bouilli. TABLEAU VII. t'it:' t a T~Tr>nTXTT? ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS NATURe- Ut, i-A rltJKlNr. 2 1/2 H. 5 H. I J- 2 J 4 J- (U ^ Fibrine de chien. Désagréga- Encore Dissolution . M 3 =! 8 '3 1 tion. des traces. ri C/5 .Q O Xi ' id. de veau. 1 non \ Fibrine de chien. 3 O chauffé. \ id. mouton. S [ Fibrine de chien. Dissolu- Dissolution. 3 bouilli. tion partielle. -OJ f id. mouton. Le tableau suivant est tout aussi démonstratif. La fibrine de chien qui servit à cette expérience était de la fibrine fraîche, provenant du même animal, lavée à plusieurs reprises dans l'eau bouillie, et présentant encore une légère teinte rose. A remarquer l'absence de digestion dans le sérum de porc et de bœuf. Dans le sang bouilli, filtré et chloroforme', elle est déjà évidente après trois heures etdemie, et achevée après quinze heures. Il n'est pas douteux pourtant que la dissolution était finie beaucoup plus tôt, malheureusement les tubes n'ont pu être examinés dans l'intervalle. Dans le même sang bouilli et filtré, mais non chloroforme', la fibrine est encore intacte après quinze heures ; elle se dissout plus tard, il est vrai, mais sous l'influence des nombreux germes qui avaient transformé le milieu en véritable culture. SUR LA DIGESTION CHLOROFORMIQUE TABLEAU VIII. ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS COMPOSITION DES TUBES 3 1/2 H. l5 H. 24 H. 2 j. Sérum de porc chloroformé. G Sérum de bœuf chloroformé. Sang bouilli de chien sans • Dissol. Beaucoup chloroforme. de microbes. Id. de porc sans chloroforme. Dissol. Beaucoup de microbes. Odeur de putréfaction. Id. de bœuf sans chloroforme. Id. Sang bouilli de chien Commenc. Dissolution. chloroformé. de désagrég. Id. de porc chloroformé. Id. Dissolution. Id. de bœuf chloroformé. Id. Dissolution. Coimnent faut-il expliquer ce curieux résultat? Pourquoi l'ébullition a-t-elle conféré des propriétés digestives à des sérums par eux-mêmes inertes? Poser cette question, c'est se demander quels sont les change- ments survenus par le chauffage à 100°. La modification capitale, la seule sans doute qui mérite d'être prise en considération, est assurément la précipitation presque totale des albumines. Or des corps perdant leur solubilité sont condamnés à l'impuissance : corpora non agitnt nisi solitta. Il est donc tout naturel de voir en elles l'obstacle à la digestion. Les sérums chloroformés de bœuf, de porc et de mouton sont sans action sur la fibrine du chien, non pas parce que certaines substances nécessaires leur font dé- faut, mais parce qu'ils renferment des corps qui exercent sur cette opératiorr une action d'arrêt ou d'inhibition. Quant au mécanisme de cette action, il est des plus obscur. La théorie des fermentations de Naegeli nous parait seule capable d'en fournir une explication. D'après se savant, les ébranle- ments communiqués par les ferments aux substances qu'ils sont aptes à dédoubler, constituent l'essence intime de toute fermentation, et l'on conçoit que la présence de certains corps soit de nature à modifier ces vibrations de façon à les rendre inefficaces. Mais, avouons-le, c'est là une simple hypothèse. 10 H. DE MARBAIX et J. DENYS c 'O u 4-> rt en 3 en (L) O O r/i ■tu •il -ri n ai rt J a \ ni w i) a ■a \ Pancréas. Ml S < Foie. Incolore. Teinte rose à peine visible. Teinte rose très faible. Id. J3 3 H g / Reins. '" \ Rate. Incolore. Incolore. Incolore. Incolore. / Sang. La teinte jaune empêche tout jugement. Impossible à juger. Cfl u > \ Pancréas. Légère coloration rose. Coloration rose franche. .S 3 H 3 -^ < Foie. .g / Reins. Id. Id. Id. Id. "" l Rate. Très légère coloration. Coloration rose moins intense. 2 T ibes témoins. Incolore. Incolore. H. DE MARBAIX et J. DENYS Si nous examinons d'abord dans ce tableau ce qui a trait aux flocons plongés dans l'émulsion et lavés avant leur arrivée dans la solution carbona- tée, nous trouvons, après le premier jour, qu'il n'y a eu de décoloration que dans le tube contenant la fibrine hépatique, et encore est-elle à peine per- ceptible; le second jour, elle est plus manifeste et elle s'observe au même degré dans le tube pancréatique. Dans les tubes faits avecl'émulsion, la décoloration de la fibrine est géné- rale et plus avancée; elle se montre déjà après un jour dans tous les tubes. Elle est moins avancée dans le tube splénique, que dans les tubes pancréa- tique, hépatique et rénal. Dans ces derniers, la teinte rose prise par la solution sodique présente la même intensité. Après quarante-huit heures, les solutions se sont foncées davantage, mais le tube splénique a gardé sa place à la queue. Le lendemain, on fit avec les mêmes émulsions une nouvelle série de digestions exactement semblable à la précédente, et qui fournit les résultats suivants. TABLEAU IL ÉTAT DE LA SOLUTION SODIQUE APRÈS I JOUR o / Sang. A peine colorée. 4J > U} i Pancréas. Rose ; il y a désagrégation et dissolution partielles. O O ( Foie. A peine colorée. Xi 3 H o r Reins. Faiblement colorée. \ Rate. Id. / Sang. Impossible à décider à cause de la coloration jaune. H (A c \ Pancréas. \ Foie. Rouge; désagrégation et dissolution partielle. Faiblement colorée. > 1 r Reins. Rose. 'ÛJ V Rate. Faiblement colorée. 2 Témoins. Incolore. Dans ce tableau, la fibrine est décolorée dès le premier jour, partout, sauf dans les deux tubes témoins; de plus, dans les tubes pancréatiques, il y a eu désagrégation et dissolution. Comme les digestions des tableaux I et II ont été faites avec les mêmes émulsions et dans des conditions iden- tiques, il faut en conclure que, dans l'intervalle, la substance qui met le rouge de Magdala en liberté, a subi une augmentation. Nous avons constaté l'existence de la trvpsine 43 le phénomène dans plusieurs autres expériences et il nous parait incompa- tible avec l'assertion de Hoffmann, d'après laquelle la décoloration serait due à de la trypsine reprise dans le tube intestinal. En effet, comment expliquer alors qu'un dixième de centimètre cube d'émulsion est plus actif après vingt-quatre heures que deux heures après qu'elle a été faite. Dans les tubes du tableau I renfermant les flocons mis en contact, pen- dant deux heures, avec les organes triturés, la décoloration s'est opérée lente- ment, ou même ne s'est pas manifestée dans certains d'entre eux. Nous devons dire que c'est une exception; la décoloration est presque toujours mani- feste dès le premier jour. A part cette différence, toutes nos expériences avec le rouge de Magdala ne font que répéter celle que nous venons de rappeler en détail; c'est pour- quoi nous nous bornerons à en fournir les conclusions. 1"^ Il est incontestable qu'en colorant de la fibrine avec du Magdala remplissant les conditions requises, on obtient un produit qui ne cède pas de matière colorante à l'eau carbonatée, additionnée ou non de chloroforme. On ne peut contester sur ce point les assertions de Gehrig; si Léo dans ses premières expériences est arrivé à des résultats contradictoires, c'est qu'il a empioyé un Magdala de mauvaise qualité, comme il le reconnaît du reste lui-même. 2° Il est tout aussi bien établi que si l'on immerge dans de l'eau car- bonatée des flocons de fibrine colorée ayant séjourné dans l'extrait aqueux de certains viscères, l'eau se colore avec plus ou moins d'intensité. Cette coloration se produit surtout avec la fibrine pancréatique. Quand on opère avec un pancréas de 24. heures, la solution prend une teinte rouge foncée, et la quantité de ferment fixée peut être tellement considérable que le flocon se désagrège, et même se dissout complètement. Pour les autres viscères, les effets sont moins marqués, la solution carbonatée se colore moins vivement; elle ne devient pas rouge, elle reste dans la nuance rose. De plus, dans nos opérations sur les flocons im- mergés, nous n'avons jamais observé de. dissolution; une fois seulement, nous avons obtenu une désagrégation. Nous ne pouvons par conséquent admettre,' avec Hoffmann, que le pouvoir digestif du foie, des reins et de la rate est considérable et qu'il peut égaler la moitié de celui du pancréas, nous entendons d'un pancréas qui n'est plus absolument frais, mais qui provient d'un animal mort depuis plusieurs heures. 44 H DE MARBAIX et J DENYS. 3° Nous venons de comparer le pancréas au foie, aux reins et à la rate. Pour apprécier plus tard à sa juste valeur la méthode au Magdala, nous devons à présent dire un mot de ces trois derniers organes comparés entre eux. Le foie et le rein se placent sur la même ligne; l'un colore quel- quefois la solution plus que l'autre, et viceversà; mais bien souvent aussi les nuances sont égales, de sorte que, pris en gros, les résultats obtenus assignent à ces deux viscères une valeur égale. Quant à la rate, elle fournit toujours une coloration plus faible; la différence n'est pas grande, cepen- dant nous prions le lecteur d'en tenir bonne note pour la suite. Les digestions faites avec des flocons qui ont séjourné dans les extraits aqueux du foie, des reins ou de la rate, ne présentent ni désagrégation ni dissolution de la fibrine, comme celles faites avec le pancréas. Il en est généralement de même pour les digestions faites avec l'extrait lui-même; pourtant dans deux cas nous avons vu le flocon se désagréger, sans dispa- raître toutefois. Dans l'un de ces cas, nous avions ajouté à nos tubes contenant 5 ce. de solution carbonatée et un fragment de fibrine colorée, o,io ce. d'une émulsion de foie et de rein de chien, préparée six heures auparavant. Après deux jours de couveuse, la solution s'était colorée en rose, mais la fibrine était intacte; mais, le lendemain, elle présentait manifestement un com- mencement de désagrégation. Avec les mêmes émulsions, nous fîmes, après trois jours, de nouveaux tubes. Dans le tube hépatique, il y eut désagréga- tion, non plus après trois jours, mais après un jour de couveuse; le tube rénal, au contraire, ne donna plus qu'une décoloration. Dans le second cas ils'agit encore d'un chien. Un dixième de centi- mètre cube d'une émulsion filtrée, préparée avec 10 gr. de foie dans 20 ce. d'eau chloroformée et abandonnée à elle-même pendant plusieurs heures produisit la désagrégation du flocon après un jour, et même un commen- cement de dissolution. Mais répétons-le ce sont des exceptions. Dans les tubes faits en même temps que les précédents avec les émul- sions de la rate, nous ne vîmes jamais la fibrine tomber en morceaux. A ce point de vue, cet organe se montre encore inférieur au foie et aux reins. Les expériences de Hoffmann, corroborées par les nôtres, établissent donc que la fibrine colorée au Magdala et plongée dans une émulsion de viscères, se décolore quand elle arrive dans une solution de carbonate au L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 45 centième. De plus, grâce à l'emploi du chloroforme qui permet de prolonger la digestion, nous avons pu observer non seulement la décoloration du flocon, mais aussi sa désagrégation et même sa dissolution. Le fait est indéniable, mais quelle est sa signification? Est-il bien un critérium abso- lument sûr d'nne pcptonisation de la fibrine? Gehrig en doute si peu qu'il ne se pose pas même la question. Hoffmann, sentant peut-être combien la méthode manquait de base, a fait quelques recheixhes pour s'assurer direc- tement de la production des peptones. - J'ai souvent, dit-il, employé la réaction du biuret pour constater la présence des peptones et je les ai éga- lement précipités par l'iodure double de mercure et de potassium. Comme contrôle, j'ai étendu les mêmes recherches aux organes bouillis, naturelle- ment toujours avec un résultat négatif (i). - Voilà dans tout le travail d'HoFFMANN, le seul passage où il est ques- tion de la détermination des peptones. Le point est néanmoins d'une im- portance capitale, carsur lui repose toute la valeur des recherches consignées dans son mémoire. Nous manquons même absolument de tout détail sur la façon dont les réactions ont été obtenues. Est-ce avec les flocons ou avec les organes eux-mêmes? Toutes les précautions nécessaires pour précipiter compléteme-nt les albumines ont-elles été prises? Nous l'ignorons. Cependant la question est assez importante pour être examinée en détail, et l'on par- donnerait difficilement, même à un chimiste éprouvé, de ne pas avoir indi- qué, au moins en quelques mots, la méthode qu'il a suivie. N'osant nous fier aux assertions de Hoffmann touchant l'existence' des peptones, nous avons entrepris de la vérifier avec des méthodes plus sûres. Les organes, triturés avec deux fois leur poids d'eau, furent addi- tionnés de chloroforme et portés dans la couveuse pour un temps variable (de un à plusieurs jours). Dans la plupart des cas, nous ajoutâmes i o/o de carbonate sodique, soit immédiatement après la trituration, soit quelques heures plus tard, soit le lendemain. Quant à la recherche des peptones, elle fut faite par la méthode de Hoffmeister, contrôlée elle-même plusieurs fois au moyen de celle de Kuhne au sulfate d'ammoniaque. Certains organes, comme le rein, la rate et surtout le foie, fournissent des extraits colorés en jaune, ce qui exige certaines précautions pour la réaction du biuret, car, si elle est faible, elle risque de passer inaperçue. La meilleure façon de la faire apparaître, à notre avis, est de faire tomber doucement, sans agiter. (i) H. Hoffmann : Loc. cit., p. i65. 46 H DE MARBAIX et J. DENYS une ou deux gouttes de sulfate de cuivre dans la solution mélangée préa- lablement de soude caustique. Grâce à sa légèreté spécifique, la solution cuivrique s'étale à la surface et y forme un anneau bleu. En l'absence de peptones, l'anneau conserve sa coloration; dans le cas contraire, on voit apparaître à sa partie inférieure, soit immédiatement, soit seulement après quelques instants, un anneau l'ose ou violet, suivant la richesse en peptones. En procédant de cette façon, il est possible de reconnaître même des traces de ces corps. En outre, la réaction du biuret étant très sensible et permettant de reconnaître des traces de peptones, nous l'avons appliquée à nos extraits, non seulement après concentration en un très petit volume, mais aussi avant l'évaporation et pendant celle-ci, c'est-à-dire quand leur coloration jaune propre était encore très faible et incapable de masquer la coloration rose ou violette produite par le sulfate de cuivre. Il est évident que nos analyses ne peuvent avoir de valeur que si les organes, mis à digérer, ne renferment pas de peptones au moment de la mort. Dans le cas contraire, elles devraient tout au moins renseigner une aug- mentation. Mais, heureusement, nous n'avons pas à nous préoccuper beau- coup de cette dernière alternative. D'après Hofmeister (i), on ne rencontre de peptones, parmi les organes qui nous intéressent, que dans le pancréas et dans la rate. Dans ces derniers organes, elles ne sont pas constantes, car il ne les a trouvées que cinq fois sur neuf dans le pancréas et quatre fois sur dix dans la rate. Dans le foie, les reins, les poumons, le muscle cardiaque et les ganglions mésentériques, il ne put réussir à les déceler. Si l'on admet avec Hofmeister que les peptones trouvées dans la rate proviennent du sang et avec Kuhne que celles du pancréas tirent leur origine du suc contenu dans la glande, on arrive à la conclusion qu'aucun des organes énu- mérés plus haut ne renferme, à proprement parler, de peptones. Pour notre part, nous avons répété une fois les analyses de Hofmeister sur le foie, les reins et le pancréas d'un chien qui venait d'être tué, et nos résultats concordent avec ceux acquis par le physiologiste allemand, en ce sens que nous n'avons trouvé de peptones dans aucun de ces organes. Neumeister(2), par une autre méthode, celle au sulfate d'ammoniaque, est arrivé aux mêmes résultats pour le foie. (i) Fr. Hofmeister : Ueber die Verbreilung des Peptons im Thierkôrper; Zeitschr. f. phys. Chem., B. VI, 1882. (2) R. Neumeister : Ueber die Einfûhrung der Alburaoseii und Peptone in den Organismus; Zeitschr. f. Biol., B. XXIV, 188S. L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 47 Disons de suite que les résultats obtenus ne correspondent nullement à ceux fournis par la méthode au Magdala. En effet, si par la trypsine la décolo- ration de la fibrine était due à une peptonisation, nous devions nous attendre à trouver des peptones dans nos émulsions de foie, de rein et de rate et surtout dans celles des deux premiers organes, car elles exercent sur la fibrine colorée une action plus puissante que celle de la rate. Cette présomption était d'autant plus légitime que nous opérions souvent sur des masses con- sidérables et que, grâce aux propriétés antiseptiques du chloroforme, nous avions pu opérer sur des produits abandonnés à la digestion non pas pen- dant quelques heures, mais pendant plusieurs jours. Malgré ces immenses avantages, nous n'avons jamais trouvé de peptones dans le foie ; le rein nous a donné une fois une réaction douteuse ; par contre, la rate a donné con- stamment la réaction d'une façon indubitable. Voici quelques unes de nos expériences : TABLEAU III. Organes de chien, triturés et chloroformés immédiatement après la mort, additionnés de i o/o de carbonate de sodium six heures plus tard, portés dans la couveuse et analysés après un jour. ORGANES QUANTITÉ EMPLOYÉE RÉACTION DU BIURET Foie. i5o gr. Réaction absolument négative. Reins. 35 gr. Id. Rate. 12 gr. Réaction nette, assez forte. Après concentration, rose intense. coloration Pancréas. )2 gr. Réact on très intense. Après précipitation par phosphowolframmique : réaction faible l'acide TABLEAU IV. Organes de chien, triturés et chloroformés de suite après la mort, portés à la couveuse, additionnés de carbonate le lendemain et analysés après plusieurs jours. SÉJOUR ORGANES QUANTITÉ DANS LA COUVEUSE RÉACTION DU BIURET Foie. i65 gr. 5 jours. Réaction négative. Reins. 3o gr. 4 jours. Réaction nég , aussi bien avant qu'après concentration. Rate. 12 gr. 3 jours. Réaction faible, après concentration assez forte. Pancréas. 12 gr. 3 jours. Réaction intense. 48 H. DE MARBAIX et J DENYS TABLEAU V. Organes traités comme ceux du tableau précédent, analysés après 3 jours. ORGANES QUANTITE REACTION DU BIURET Rate. 9 gr Ganglions 7 gr. mésentériques. Cerveau. 55 gr. Sang. i3 ce. Réaction faible. 1) très faible. 1) négative. Réaction forte, équivalente à celle donnée par une solution de peptones à 1/2 0/0. TABLEAU VL Ce tableau se distingue des précédents en ce que les organes, au lieu d'avoir été triturés avec deux volumes d'eau, l'ont été avec deux volumes de sang bouilli additionné préalablement de son volume d'eau et filtré après l'ébullition. En nous servant de sang bouilli , nous avions pour but de maintenir les organes dans un milieu très favorable à la digestion chlo- roformique. De plus les organes ne furent pas additionnés de carbonate, mais seulement de chloroforme et analysés après quatre jours de couveuse. ORGANES QUANTITÉ RÉACTION DU BIURET Foie. 25 gr. Réaction négative. Rein. 25 gr. )i douteuse Rate. 25 gr. 1) faible. Ganglions 10 gr. » » mésentériques. Poumons. 25 gr. )) n Le tableau suivant résume ces expériences. Avec 3 foies, la réaction fut positive o fois, négative 3 fois. » 3 reins, n 2 II douteuse 1 11 )) 4 rates. » 4 11 négative 11 » 2 pancréas » 2 11 u 11 )) 2 gangl. m ésent 1) 2 11 11 » 1) I cerveau. II 11 11 I 11 » I poumon, » I 11 II » ^ L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 49 Par conséquent, le foie et le cerveau ne donnent lieu à aucune forma- tion appréciable de peptones, même après une digestion prolongée pendant plusieurs jours. Les résultats obtenues avec le foie concordent avec ceux annoncés dernièrement par E. Salkowski à propos des dédoublements qui se passent dans les tissus conservés dans l'eau chloroformée, et sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Cet auteur ne put pas plus que nous déceler des peptones; par contre, il trouva le fait intéressant qu'il s'était formé de la leucine et de la tyrosine. Ce point n'a pas fait l'objet de recherches de notre part. Les reins ne nous ont donné qu'une fois une réaction douteuse. Au contraire la rate., les ganglions mésentériques et le poumon fournissent chaque fois une réaction, assez forte pour le premier de ces organes, nota- blement plus faible pour les seconds. Nous sommes donc bien loin des résultats obtenus par Hoffmann; d'après cet auteur, le foie et les reins renfermeraient de la trypsine en quantité notable. Tout au plus pourrait-on nous objecter que ces organes ne renferment pas de produits attaquables par le ferment pancréatique, entre autres pas de fibrine, substance avec laquelle Hoffmann institua ses expériences. Mais cet arg-ument ne peut tenir. En effet, nous nous sommes assurés direc- tement, en ajoutant au foie et au rein quelques gouttes d'extrait glycérique du pancréas, que ces organes donnent, après un jour ou deux de couveuse, la réaction du biuret d'une manière très nette. A côté des organes qui ont fourni une réaction négative, d'autres ont donné avec le sulfate de cuivre la coloration des peptones. Ce sont la rate, les ganglions mésentériques et le poumon. Faut-il en conclure que ces organes renferment de la trypsine? Nullement. Car, ne l'oublions pas, nos digestions ont été faites sous l'égide du chloroforme, et celui-ci, avec le sang, donne des peptones, comme nous l'avons démontré ailleurs. Nous ne doutons pas que les peptones se soient réellement formées sous l'influence du chloroforme ; voici pourquoi : i» On ne trouve pas de peptones dans les rates abandonnées à la température de la chambre pendant un jour ou deux. Or il nous semble, que si elles renfermaient de la trypsine, même en très petite quantité, on devrait obtenir la réaction du biuret, faible à la vérité, mais positive, surtout après avoir concentré l'extrait à un petit volume. 2° Un autre genre de preuves est fourni par les digestions sans chloroforme. 50 H. DE MARBAIX et J. DENYS Si l'on porte à la couveuse une moitié de rate ou un poumon triturés avec deux volumes d'eau renfermant un 1/2 0/0 de carbonate de sodium, mais pas de chloroforme, il ne s'y produit pas de peptones. Dans ces digestions, l'addition du carbonate a pour but de renforcer la capacité digestive du milieu, et de rendre éventuellement les effets de la trypsine encore plus manifestes. Par contre, l'autre moitié de rate ou l'autre poumon, triturés avec le même volume d'eau non carbonatéc mais chloroformée, fournissent des peptones. Voici une de ces expériences. Elle fut faite avec une rate et les poumons d'un chien. Afin d'éviter jusqu'à un certain degré la pullulation des germes dans les tubes non chloroformés, l'eau et le sable servant à émulsionner les organes furent préalablement stérilisés. Les tubes séjournèrent pendant 6 heures à la couveuse; ce temps est suffisant pour permettre au chloroforme d'exercer son action digestive, et d'un autre côté, il est trop court pour que la putréfaction trouble les recherches. A l'examen microscopique, les tubes non chloroformés montrèrent bien quelques bâtonnets, mais leur nombre était trop petit pour pouvoir exercer quelque influence sur les ré- sultats. Les analyses furent faites en saturant l'émulsion par le sulfate am- monique. Or la. moitié de la rate et le poumon digérés en présence du chloroforme, donnèrent une réaction nette de biuret, tandis que, dans les autres, il y eut absence complète de réaction. Nous devons donc considérer les peptones formés aux dépens de la rate et du poumon comme produites, non par un ferment pancréatique, mais par le chloroforme. 3° Nous avons établi dans notre première publication, que la diges- tion chloroformique et la digestion trypsinique se distinguent nettement parla façon dont elles sont influencées par le carbonate sodique. La première est enrayée par la présence de 1 0/0 de ce sel, la seconde au contraire se continue parfaitement dans ces conditions et supporte même une dose double de carbonate. Appliquons ces données à la rate. Deux rates de veau, encore chaudes, sont divisées chacune en 3 parts égales, et chaque part de l'une est réunie à une part de l'autre. Nous avons ainsi 3 parts doubles. A, B et C. La part A est jetée immédiatement dans l'eau bouillante, triturée et traitée par la méthode d'HoFMEiSTER. La réaction du biuret, essayée à divers degrés de concentration, et finalement avec le liquide réduit à un petit volume, est absolument négative. L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 51 La part B fut triturée, additionnée d'eau et de chloroforme, et portée à la couveuse. Analysée après 3 jours, elle donna une réaction rose avec le sulfate de cuivre et la soude caustique. Enfin la part C fut traitée exactement comme la précédente, sauf qu'elle fut additionnée de carbonate de sodium à raison de 1 0/0. L'analyse, faite après 3 jours, donna une réaction négative. Le carbonate de sodium avait donc empêché complètement la pep- tonisation. L'expérience suivante fut faite avec une rate de porc. TABLEAU VIL Un fragment de rate de porc est divisé en 4 parts de 10 gr. chacune. Celles-ci sont triturées séparément avec 20 ce. d"eau, 3 sont carbonatées dans les proportions indiquées plus bas, et toutes sont additionnées de chloroforme. L'anal3'se a lieu après 4 jours de couveuse avec l'extrait ra- mené à 10 ce. QUANTITÉ DE PROPORTION SOL. CARBON. DE RÉACTION DU BIURET A 10 O'O CARBONATE Portion A. Réaction positive. I) B. I ce. 0,33 0,0 Trace de réaction, » C. 2 ce. 0,66 o'o Réaction négative. » D. 3 ce. I o'o » Il a donc suffi dans cette dernière expérience de la présence de 0,66 0/0 de carbonate pour enrayer toute digestion. L'expérience suivante est conduite de la même façon, avec la différence que deux tubes ont été additionnés de o, 10 d'extrait glycérique de pancréas. Elle sert à démontrer que la rate renferme des principes aptes à être peptonisés par la trypsine. Les tubes ont séjourné pendant 2 jours dans la couveuse. TABLEAU VI IL Tube témoin : émulsion de rate dans 2 parties d'eau chloroformée. Tube carbonate à 1/2 00. 1) I o'o. Tube carb. à 1/2 00 + 0,10 d'extrait paner. » I 0/0 + 0,!O » Réaction faible. Réaction excessivement faible. Pas de réaction. Bonne réaction. » 8 52 H. DE MARBAIX et J. DENYS Ces diverses digestions ne laissent place à aucun doute. Elles démon- trent à toute évidence que la peptonisation qui s'établit dans les rates triturées et conservées dans l'eau chloroformée nest pas due à un ferment contenu dans la rate, à savoir la trypsine ou une zymase analogue; car elle est suspendue complètement par la présence du carbonate de sodium à i o/o, tandis que dans un milieu identique, la digestion trypsinique est rendue plus rapide. Déjà à une concentration de 1/2 0/0, le carbonate exerce sur la digestion dans l'eau chloroformée une action inhibitrice des plus manifestes; par contre nous avons trouvé (i) que la trypsine peut, au moins dans cer- tains milieux, dédoubler les albumines dans les solutions renfermant 2 0/0 de ce sel. REMARQUES GÉNÉRALES. Il nous semble utile de résumer ici brièvement les résultats acquis par l'ensemble de nos recherches sur ce c|ue nous avons appelé la digestion chloroformique, et qui sont consignés dans ce mémoire ainsi que dans les deux précédents. Cette récapitulation est justifiée non seulement parce que nos divers travaux, se rattachent à un même sujet, mais aussi parce qu'ils se complètent mutuellement. Dans son travail sur les dédoublements qui surviennent dans la levure et dans certains tissus conservés dans l'eau chloroformée, Salkowski, admettant que le chloroforme ne joue aucun rôle actif, choisit pour désigner ces phénomènes le mot aiitodigestion. Dans les dédoublements que nous avons étudiés, ce corps jouant un rôle actif, le mot de digestion nous semble mieux choisi. Si l'on recueille du sang de chien, de chat, de lapin et de porc avec toutes les précautions antiseptiques nécessaires pour éviter l'introduction de tout germe, et qu'on le laisse séjourner quelques jours clans la couveuse à la température du corps, on ne peut y déceler la moindre trace de pep- tone; mais si l'on ajoute au sang certaines substances, telles que le chloro- forme, l'analyse en fait découvrir de notables quantités. Le sang a donc été le siège d'un dédoublement d'albumines, en tout semblable à celui qui a lieu sous l'influence de la pepsine ou de la trypsine, en un mot : il a été le siège d'une digestion. Ce phénomène est beaucoup plus facile à suivre lorsque, au lieu de sang, on emploie du sérum et de la fibrine. On voit alors cette dernière, bien entendu en présence du chloroforme, se (i) Sur les peptonisations provoquées par le chloroforme, etc , p. iSg. L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 5 3 désagréger, se séparer en tout petits fragments, et se dissoudre en laissant un résidu insignifiant, analogue à celui que l'on obtient dans les digestions au moyen des sucs animaux. La fibrine de lapin exige environ vingt-quatre heures pour se dissoudre; mais celles du chien, du chat et de l'homme ne demandent que quelques heures. La fibrine de chien, que nous avons spécialement étudiée, disparaît dans le sérum du même animal en moyenne endéans les trois heures, quelquefois plus vite (deux heures), d'autrefois plus lentement (quatre heures). La fibrine du chat et celle de l'homme semblent se comporter comme celle du chien, à en juger d'après les quelques expériences que nous avons faites. Quant à la quantité de fibrine susceptible de se dis- soudre, elle est considérable; une partie de sérum chloroformé digère faci- lement la moitié de son poids de fibrine. A la vérité, nous n'avons pas essayé avec des proportions plus fortes, mais il n'est pas douteux pour nous que la digestion s'opérerait encore. Quant à la durée nécessaire pour achever la dissolution, elle paraît indépendante des quantités mises en présence; c'est ainsi que dix centimètres cubes de sérum attaquent aussi rapidement un petit flocon que cinq grammes de fibrine. Les produits qui résultent du dédoublement "de la fibrine paraissent être entièrement semblables à ceux que l'on obtient dans la digestion pan- créatique. Ce sont des globulines précipitables par le sulfate de sodium, de la peptone, de la leucine et de la tyrosine. Nous n'avons pas cherché s'il se forme également de l'ammoniaque. Nous avons établi en outre qu'il ne suffit pas, pour que la digestion chloroformique se produise, de réunir de l'eau, de la fibrine et du chloro- forme, il faut en outre certaines conditions de milieu, absolument indispen- sables. 1° La réaction joue un rôle capital. Elle doit être ou neutre, ou fai- blement alcaline ou très faiblement acide. L'addition d'un demi pour cent de carbonate de sodium fait languir la digestion, et la présence d'un pour cent de ce sel la paralyse complètement. Quant aux acides, ils sont bien plus nuisibles encore, car il suffit d'une trace d'acide acétique ou d'acide chlorh3'drique libre pour rendre le phénomène impossible. 2° La présence d'une certaine proportion de sels est toute aussi impor- tante. Dans l'eau distillée chloroformée, la fibrine ne subit pas le moindre changement, même après des semaines de couveuse; par contre, dans du sérum ou du sang dépouillé presque complètement de son albumine, elle se dissout facilement et presque aussi rapidement que dans le sérum lui- 54 H DE MARBAIX et J DENYS. même. Il n'est pourtant pas nccesssaire de recourir à un mélange salin aussi complexe ; il suffit d'un seul sel neutre, tel que le chlorure ou l'acétate de sodium, en concentration convenable, pour arriver au même but, quoique avec plus de lenteur. Parmi les substances qui provoquent la digestion, nous trouvons des corps très éloignés au point de vue de leur nature chimique. Les uns appar- tiennent à la série grasse : ce sont le chloroforme, l'éther, l'alcool; d'autres à la série aromatique : ce sont l'acide phénique et le thymol ; et, parmi les corps se rangeant dans une même classe, nous en trouvons également de très dissemblables, à preuve le chloroforme et l'alcool. Tous ces agents n'agissent qu'à un état de concentration déterminée; en proportion trop faible, ils sont impuissants, et dans les limites où leur action est possible, ils présen- tent une concentration optimale, en deçà et au delà de laquelle leur pouvoir va en s'affaiblissant. Un autre point, qui nous semble intéressant, c'est qu'ils sont tous des coagulants des albumines. Quel que soit le facteur qui entre en jeu, que ce soit un ferment ou un corps plus simple, il représente, vu la rapidité avec laquelle la fibrine se dissout, une force d'une certaine puissance. Nous savons sûrement que le phénomène n'est-pas dû à la putréfaction, les proportions de chloroforme, de phénol, etc., excluant toute possibilité d'une végétation microbienne. De plus, en nous servant des diverses méthodes permettant de reconnaître la présence d'organismes inférieurs, nous avons établi leur absence d'une façon péremptoire. En même temps, nous avons démontré que si l'on supprime le chloroforme et qu'on abandonne le sérum à la putréfaction, la fibrine exige pour se dissoudre un temps beaucoup plus considérable. Sa disparition ne s'opère qu'au moment où une forte odeur et un trouble intense indiquent une puUulation excessive de germes ; elle est alors l'effet de ces derniers, et n'a aucun rapport avec celle qui se produit dans un milieu complète- ment aseptique. A cause des produits formés et des conditions exigées par la digestion chloroformique, on peut songer comme agent actif à la trypsine, mais cette hypothèse doit être abandonnée. Sans chloroforme ou substances similaires, la fibrine demeure intacte; par contre, les extraits pancréatiques dévelop- pent leur action indépendamment de ces substances et paraissent même gênés par leur présence. De plus, la digestion trypsinique, comme nous l'avons établi, peut encore se faire en présence de 2 0/0 de carbonate, et nous venons de rappeler que déjà 1 0/0 de ce sel rendait la digestion chlo- roformique complètement impossible. L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 55 Peut-être pourrait-on invoquer non plus la trypsine, mais sa substance mère : la protrypsine. Il faudrait admettre alors que celle-ci serait absorbée directement dans la glande par le sang, et passerait ainsi clans la circula- tion; mais outre que cette hypothèse est toute gratuite, on ne voit pas pourquoi dans le sang abandonné à lui-même et soustrait à l'action des germes ubiquitaires, la protrypsine ne se transformerait pas en ferment actif, tout comme elle le fait dans le pancréas après la .mort. Dans cette supposition, le sang devrait devenir milieu peptonisant sans addition d'au- cune substance étrangère; mais nous avons vu qu'après une semaine de couveuse, il ne renferme pas plus de peptones qu'au sortir des vaisseaux, c'est-à-dire une quantité nulle. On peut encore objecter à cette hypothèse, que le chloroforme, comme nous l'avons prouvé, n'exerce aucune action accélératrice sur la transformation de la protrypsine en trypsine quand on le fait agir sur une émulsion de la glande pancréatique; on ne voit pas pourquoi il jouirait de cette influence sur la protrypsine renfermée dans le sang, alors qu'il est sans action sur celle contenue dans le pancréas. L'intervention d'un ferment pancréatique, tr)'psine ou protrypsine, doit donc être rejetée au même titre que celle des organismes inférieurs. Il ne reste plus à présent que deux hypothèses possibles : celle d'une action directe du chloroforme, et celle d'une action indirecte par l'intermédiaire d'un ferment auquel il donnerait naissance. La seconde hypothèse est incontestablement la plus séduisante. En effet la digestion chloroformique présente, avec les processus dus à des fermeiits, la plus grande analogie ; comme eux, elle dépend de la réaction du milieu et elle est influencée puissamment par les sels neutres. L'analogie est encore plus frappante avec la digestion trypsinique, les produits formés étant les mêmes. De plus, cette hypothèse cadre beaucoup mieux avec les idées courantes sur les conditions dans lesquelles la fibrine se dissout; on peut, il est vrai, la dédoubler par l'action de hautes températures et d'agents chimiques puissants, mais notre esprit se regimbe à admettre que certaines substances, pour ainsi dire indifférentes, arrivent au même résultat à la température de 38° et même à des températures inférieures. Si l'on rejette l'interprétation d'une action directe du chloroforme, il faut admettre que le rôle de celui-ci consiste à modifier certaines substances albuminoïdes, de façon a leur conférer des propriétés zymatiques. Une de ces substances est certainement contenue dans la fibrine elle-même, car, introduite après un lavage soigné dans de l'eau salée physiologique chloro- 56 H. DE MARBAIX et J. DENYS formée, elle s'y dissout. Dans un milieu de cette nature, la substance albu- mino'ide ne peut évidemment être fournie que par la fibrine elle-même. Cette provenance n'en exclut pas d'autres, et il est certain, toujours dans la même hypothèse, que le sérum lui-même renferme des corps capables d'être rendus actifs par le chloroforme, car il peptonise les globules rouges après qu'on a éloigné toute la fibrine. Pour rechercher si un dédoublement est dû à un ferment, on met à profit la propriété présentée par les zymases de perdre tout pouvoir quand on les chauffe pendant quelque temps à une température voisine de 60° à 70". Nous nous sommes demandés si, en appli- quant ce principe à la digestion chloroformique, nous ne pourrions pas trancher la question de sa nature intime. Dans ce but, nous avons chauffé de la fibrine de chien à des températures de 60° à 62° pendant dix à vingt minutes, et nous l'avons ensuite immergée dans de l'eau salée chloroformée. Elle n'y a éprouvé aucune modification, ce qui semblait bien indiquer que la dissolution était amenée par un ferment; mais en plongeant la même fibrine dans du sérum chloroformé, elle ne s'y est pas modifiée davantage. Or, nous savons que le ferment, s'il existe, se rencontre dans le sérum. La chaleur rend la fibrine réfractaire à la digestion chloroformique. Nous avons espéré un moment que des essais avec le sang défibriné donneraient de meilleurs résultats; mais, chauffé à 60°, il devient, comme la fibrine, réfrac- taire à la peptonisation. Le procédé habituel pour rechercher si une opéra- tion chimique est le résultat d'un ferment, ne peut donc nous donner la solution que nous cherchons. Nous avons alors imaginé un autre moyen, fondé sur le point d'ébuUi- tion très bas de l'éther sulfurique. Si l'hypothèse d'une action indirecte sur la fibrine doit être admise, il faut que le sérum conserve son pouvoir digestif après que l'éther a été chassé. Nous avons saturé du sérum avec de l'éther, et nous l'avons porté à la couveuse pour plusieurs heures, afin de permettre au ferment de se former. Nous avons versé ensuite le sérum dans un vase à fond large, de façon à ce qu'il n'y formât qu'une mince couche, et nous avons laissé l'éther s'évaporer. Généralement nous chauffions vers 40", afin de favoriser sa volatilisation. Quand le liquide avait perdu toute odeur d'éther, nous y plongions un flocon de fibrine, et nous le reportions dans le thermostat. Dans certains cas, nous avons vu ce flocon disparaître sans phénomènes de putréfaction, mais dans d'autres, il est resté intacte jusqu'au moment où le développement des germes avait transformé le milieu en une véritable culture. Les résultats, par conséquent, n'ont pas été con- L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 5 7 cordants, ce qui tient peut-être à la difficulté d'expulser tout I etlier; mais les expériences négatives ont dans le cas présent beaucoup plus de valeur que les positives, et elles nous paraissent suffissantes pour ne pas faire rejeter l'hypothèse d'une action directe du chloroforme et des substances similaires. Parmi les corps capables d'être dédoublés dans les milieux chlorofor- mes, nous avons mentionné, outre la fibrine, les globules rouges. En effet du sang, défibriné par le battage et passé à travers un linge fin, fournit encore de la peptone en quantité considérable. Dans une expérience où nous avons dosé cette substance par la méthode colorimétrique, nous avons trouvé qu'il s'était formé après deux jours de couveuse 5 o/û de peptones. Par contre, si au lieu de se servir de sang défibriné, on opère avec du sé- rum pur, on n'obtient aucune réaction avec la potasse caustique et le sulfate de cuivre. Ce fait nous indique que les principes qui fournissent la peptone ne se trouvent pas dans le sérum, mais dans les éléments formés du sang, globules rouges et globules blancs. Nous ne saurions dire avec certitude si ces derniers contribuent pour une part à la formation des peptones; en tous cas, cette part doit être bien minime, nous dirons même négligeable, caria pulpe des ganglions lymphatiques, mise à digérer dans du sérum chloro- formé, ne fournit qu'une réaction excessivement faible, qui peut très bien provenir, non des leucocytes eux-mêmes, mais des globules rouges renfer- més dans les vaisseaux, ou emprisonnés dans les mailles des sinus lympha- tiques. On sait en effet que ces derniers renferment toujours plus ou moins de globules rouges, et que ceux-ci sont souvent tellement nombreux qu'ils communiquent à la substance médullaire des ganglions une coloration rose. Quoi qu'il en soit, la majeure partie des peptones, les neuf dixièmes au moins, dérive certainement des hématies, et la substance qui y subit la pep- tonisation est l'hémoglobine, comme on le démontre facilement en soumet- tant à la digestion chloroformique de l'hémoglobine cristalisée et pure. La quantité de peptones obtenue de cette façon est pourtant comparativement plus faible que celle obtenue avec le sang défibriné lui-même. On dirait que l'hémoglobine est plus difficilement attaquée après avoir subi la cristallisation. A part la fibrine et l'hémoglobine, nous n'avons pas trouvé d'autres substances albumino'ides que l'on pût considérer avec certitude comme se laissant peptoniser par le chloroforme, du moins durant le laps de temps pendant lequel nous les avons observées. 58 H. DE MARBAIX et J DENYS Nous avons déjà rappelé plus haut que les albumines du sérum sont tout-à-fait réfractaires. Sont également rébelles : la substance du foie, celle du cerveau et celle du rein. Ce dernier organe nous a donné une fois une réaction douteuse, mais, dans les autres analyses, la réaction du biuret a fait défaut. L'absence complète de réaction, même après forte concentration et après digestion dans du sang bouilli, nous a étonné beaucoup, car, même chez les animaux saignés, ces organes devaient renfermer une certaine quantité de sang et partant de matières peptonisables. Peut-être leur di- gestion est-elle entravée par la présence d'autres corps, comme celle de la fibrine de chien l'est, par exemple, dans le sérum de bœuf. D'autres organes nous ont donné des peptones : ce sont les ganglions lymphatiques et la rate. La réaction fournie par les premiers est très faible, on pourrait dire insignifiante, et, comme nous l'avons dit plus haut, elle s'explique très bien par le sang qu'on trouve constamment dans les sinus des ganglions, surtout des ganglions mésentériques sur lesquels notre exa- men a porté. Quant à la réaction obtenue avec la rate, elle est notablement supérieure en intensité à celle donnée par les ganglions , tout en étant encore bien inférieure à celle du sang défibriné. La quantité de sang renfer- mée dans la pulpe de ce viscère suffit amplement pour rendre compte de l'intensité de la l'éaction, sans qu'il faille recourir à une digestion du tissu propre de la rate. Comme la structure de la rate est au fond identique à celle des ganglions lymphatiques (i), et que ces derniers ne paraissent pas fournir de peptones, notre supposition ne fait que gagner en certitude. Les tissus et les substances que nous avons examinés, peuvent donc se classer en deux catégories : la première comprenant les substances qui se laissent attaquer avec une grande facilité : ce sont la fibrine et l'hémoglobine, la seconde comprenant les substances réfractaires : ce sont les albumines du sérum, le foie, le cerveau, le rein, et très probablement les ganglions mésentériques et le rate. Cette classification fournit également une distinc- tion entre la digestion chloroformique et la digestion try^psinique, le ferment protéolytique du pancréas attaquant tous les organes de la deuxième catégorie, comme on le démontre facilement en ajoutant à leur émulsion quelques gouttes d'extrait glycérique du pancréas. La première est par conséquent beaucoup plus élective. (i) ]. Denys : Note préliminaire sur la structure de la rate; Bull, de l'Acad. de méd., 1888. L EXISTENCE DE LA TRYPSINE 59 Dans ses recherches sur les phénomènes chimiques qui se passent dans la levure, le foie et les muscles conservés pendant 2 à 3 jours dans la couveuse à la température du corps, E. Salkowski est arrivé à des résultats très intéressants. Il a trouvé qu'il s'y produit des dédoublements nombreux. Ainsi, tandis que la levure, le foie et les muscles ne renferment à l'état frais aucune trace de corps xanthiniques dii-ectement précipitables de leur so- lution ammoniacale par le nitrate d'argent ammoniacal, ils en fournissent de grandes quantités après avoir séjourné dans le thermostat pendant 60 à 70 heures. En outre le foie présente une augmentation de l'acide phosphorique dissous, qu'on ne peut expliquer par une décomposition de la nucléine ; cet acide doit donc dériver d'autres substances renfermant du phosphore, par exemple de la lécithine ou de la jécorine de Drechsel. Enfin, la quantité d'azote dissous augmente dans de fortes proportions ; elle est due en partie à la formation de leucine et de tyrosine. En résumé, si nous laissons de côté quelques autres modifications de moindre intérêt pour notre sujet, les recherches de Salkowski prouvent que les organes conservés dans l'eau chloroformée sont le siège de trois dédou- blements principaux : Le premier concernant les corps xanthiniques. Le second, certains corps phosphores et encore mal déterminés. Le troisième, les substances albuminoïdes (formation de leucine et de tyrosine). Dans aucune de ses expériences, Salkowski ne réussit à découvrir des peptones, pas même des traces. Comment ces dédoublements se produisent-ils? D'après le chimiste allemand, le chloroforme serait étranger à ces trans- formations ; son rôle se bornerait uniquement à empêcher le développement des germes de la putréfaction, et les dédoublements seraient provoqués par des ferments dérivant des organes eux-mêmes. Ces ferments existeraient déjà pendant la vie, et y produiraient les mêmes modifications chimiques qu'après la mort, seulement leur action serait masquée, soit parce que le courant circulatoire entraîne constamment les produits formés, soit parce que, dans les cellules vivantes, ceux-ci sont oxydés ou décomposés ultérieu- rement. Dans les tissus morts, ces produits s'accumulent et ne subissent pas de nouvelles transformations. En un mot les phénomènes qui se passent dans l'eau chloroformée ne sont que la continuation de processus zymatiques vitaux normaux, et le chloroforme n'intervient que pour les protéger contre toute immixion étrangère. 6o H. DE MARBAIX et J DENYS Ce qui prouve bien, toujours d'après Salkowski, que les dédoublements observés sont sous la dépendance de zymases, c'est que si l'on fait séjourner dans de l'eau chloroformée les mêmes tissus préalablement stérilisés pendant une heure et demie dans un courant de vapeur d'eau, ou simplement bouillis pendant quelques instants, les décompositions ne s'opèrent plus, la chaleur ayant détruit toutes les zymases. Nous ne voulons aucunement contester les chiffres obtenus par Sal- KOVi^SKi dans ses analyses, mais nous ne pouvons admettre qu'il a fourni la preuve que les phénomènes décrits par lui sont sous la dépendance de ferments. En voici les raisons : 1° Les tissus soumis à la température de l'ébullition, ou même à des températures inférieures, peuvent subir des modifications intimes, à la suite desquelles ils se comportent autrement vis-à-vis des agents chimiques. Dans ■ nos recherches sur la digestion chloroformique, nous avons rencontré dans la fibrine et dans les hématies deux exemples de ce fait. Toutes deux sont peptonisées facilement quand elles sont mises en présence du chloroforme, mais il suffit de les chauffer pendant quelque temps à une température voi- sine de 60° pour les rendre réfractaires. Or il se pourrait que les substances, qui, dans les expériences de Salkowski, fournissent les corps xanthiniques, l'acide phosphorique, la leucine et la tyrosine fussent dans le même cas. Dans cette hypothèse, l'absence de dédoublements ne tiendrait pas à l'ab- sence de ferments, mais à une modification intime survenue par le chauffage. 2° Le chimiste de Berlin présuppose que le chloroforme ne peut jouer dans le phénomène aucun rôle actif. Notre communication faite au Congrès des physiologistes à Bàle, et qui établit péremptoirement le contraire, lui aura certainement échappé. Nous savons que le chloroforme, soit directe- ment, soit indirectement, provoque le dédoublement de certaines substances albuminoïdes, telles que la fibrine et l'hémoglobine. Ne pourrait-il pas non plus jouer le même rôle dans les observations de Salkowski? Nous ne voulons pas l'affirmer, mais aussi longtemps que le contraire n'est pas dé- montré, cette interprétation ne peut être rejetée de parti pris. Pour trancher la question, il faudrait non pas comparer des organes conservés dans l'eau chloroformée sans avoir été chauffés avec les mêmes organes préalablement soumis à la température de l'ébullition, mais avec les organes conservés dans l'eau pure, sans avoir été soumis à aucun chauffage préalable. Ce point constitue malheureusement une lacune dans le travail de Salkowski. l'existence de la trypsine 6i Nous avons vu que la dissolution de la fibrine de chien dans l'eau ne peut se faire sans le concours d'une réaction déterminée et d'une certaine quantité de sels neutres. Réaction et sels sont des adjuvants indispensables, mais nous avons aussi mentionné des agents qui paralyseift l'action du chlo- roforme, même quand ces conditions se trouvent réalisées. Nous avons en effet trouvé que la fibrine de chien, qui se dissout complètement dans le sé- rum de chien endéans trois heures, demeure intacte pendant des jours entiers dans le sérum de bœuf, de cheval et de mouton. Même après une semaine de thermostat, c'est-à-dire après un temps 56 fois plus long, elle ne pré- sente pas encore la moindre désagrégation. De même du sang de chien défibriné, mêlé avec une forte proportion de sang de veau, ne fournit plus de peptones, même après trois jours de couveuse. Ce singulier phénomène ne peut être mis, ni sur le compte d'une réaction contraire, ni sur celui d'une composition saline défavorable, car on peut modifier le milieu à ces deux points de vue dans une large mesure sans contrarier la digestion. Par contre, il suffit d'éliminer la plus grande partie des substances albuminoïdes par l'ébuUition, pour voir la fibrine se dissoudre. On doit en conclure, ce nous semble, que ce sont ces dernières qui par leur présence empêchent le chlo- roforme d'exercer son action peptonisante. Mais comment agissent-elles? Est-ce parce qu'elles s'emparent du chloroforme et neutralisent son action? Ce n'est pas admissible, car nous avons toujours pris soin de laisser au fond de nos tubes un excès de cette substance. La cause de ce phénomène réside évidemment ailleurs ; malheureuse- ment nous ne connaissons pas assez le mécanisme intime des fermentations et processus analogues, pour pouvoir donner la raison de ce fait curieux. L'hypothèse, d'après laquelle les vibrations, communiquées aux molécules par les ferments, seraient la cause immédiate de leur scission, nous paraît pouvoir en fournir la meilleure explication. Dans cet ordre d'idées, on con- çoit que les ébranlements émis par le chloroforme ou par le ferment auquel il donne naissance, soient modifiés, dans le cas présent nous dirons, altérés, et qu'ils perdent tout pouvoir désorganisateur soit sur la fibrine, soit sur l'hémoglobine. Quoi qu'il en soit, cette inhibition exercée par les solutions concentrées d'albumine nous paraît digne d'intérêt. Elle établit d'abord qu'un dédou- blement Z3'matique peut ne pas se produire, tous les facteurs étant présents. En second lieu, les humeurs de l'organisme étant riches en albumines, on peut se demander si ces dernières n'exercent pas quelque influence sur les 62 H. DE MARBAIX et J DENYS réactions qui s'y passent, et dont beaucoup sont certainement sous la dépen- dance de ferments. Si cette hypothèse se vérifiait, les albumines ne servi- raient pas uniquement à la nutrition, mais elles régleraient aussi l'économie cellulaire intime, et par leur présence seule, présideraient dans une certaine mesure à l'assimilation et à la désassimilation. Faisons une dernière remarque concernant la résistance variable op- posée par la fibrine à l'action du chloroforme, suivant qu'elle provient de telle ou de telle espèce animale. Déjà les auteurs, qui ont écrit sur la di- gestion de la fibrine, ont mentionné le fait incidemment. Dans son étude sur la dissolution de la fibrine dans les solutions sanguines, Limbourg (i) a remarqué que la fibrine de bœuf, contrairement à celle du porc, ne convient pas à ce genre d'expériences; mais nulle part, nous semble-t-il, cette diffé- rence n'éclate aussi clairement que dans la digestion chloroformique. Tandis que certaines fibrines se dissolvent au bout de peu d'heures dans le sérum de chien, d'autres n'y présentent de changement qu'après 24 heures, et même davantage. Le tableau XIII de n Nos nouvelles recherches sur la digestion chloroformique « est surtout intéressant à ce point de vue. Dans cette expérience, le chiffre de 5 heures renseigné pour la fibrine de chien, est évidemment trop "fort; il indique seulement l'état de la digestion à notre première visite, mais il n'est pas douteux que si nous avions examiné nos tubes après 3 heures, nous eussions trouvé la fibrine déjà dissoute. En admettant ce dernier chiffre, nous trouvons que la fibrine de porc, encore intacte après 5 heures, est dissoute après 19 heures. Puis vient la fibrine de cheval, dissoute après 26 heures, et enfin celle de veau, encore inattaquée quand celle de porc a complètement disparu, et qui ne s'est dissoute qu'après 31 heures. Comme le milieu est identique, le sérum provenant du même chien et la quantité de chloroforme étant la même, le retard présenté par certaines fibrines ne peut s'expliquer que par une différence d'agrégation physique ou de constitution chimique. (1) Ph. Limbourg : Ueber Lûsung und Fàllung von Eiweisskôrpern durch Salze; Zeitschr. f. phys. Chcm , B. XIII, 1889. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE PAR Eugène GILSON (Mémoire déposé le 15 juin 1890.) A MESSIEURS LES PROFESSEURS F, A, Flùckiger ET J. B, Carnoy, Hommage respectueux et reconnaissant de l'auteur AUX DEUX SAVANTS MAITRES QUI l'oNT GUIDÉ DANS LES RECHERCHES CHIMIQUES ET MICROGRAPHIQUES DONT CES PAGES SONT LE FRUIT. Eugène GILSON. LA SUBÈRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE INTRODUCTION. Subérine, dans l'esprit des différents aul^urs, signifie substance qui donne au tissu subéreux ou liège ses propriétés particulières : sur ce point tous sont d'accord. Mais si l'on recherche dans leurs travaux les caractères chimiques qu'ils assignent à cette substance spéciale, on est étonné du man- que de concordance qui règne entre leurs définitions. C'est ainsi que Chevreul donne le nom de subérine à la partie du liège qui ne se dissout ni dans l'eau ni dans l'alcool; Dôpping, à la partie insoluble dans l'eau, l'acide chlorhydrique, l'alcool et l'éther; Hohnel, à la partie du liège qui est enlevée par la potasse caustique; — et c'est avec raison, car c'est bien là le corps qui donne au liège ses propriétés particulières. Cette remarque fournit l'explication des divergences plus grandes en- core, que l'on constate entre ces auteurs, au sujet de la nature chimique de la subérine. Les uns pensent que c'est de la cellulose impure; les autres, que c'est une modification physique de la cellulose; d'autres enfin y voient un corps chimique déterminé qui, mélangé à la cellulose, forme les membranes des cellules subéreuses. Pour Hohnel, la subérine est une graisse se sapo- nifiant par .l'action de la potasse caustique; Kugler est du même avis; mais comme les graisses sont très solubles dans l'éther, le chloroforme, etc., et que la subérine est insoluble dans ces dissolvants, Kugler émet l'hypothèse que, dans la lamelle de subérine, les molécules de graisse et de cellulose sont interposées de telle façon que les molécules de cellulose empêchent le con- tact de la graisse et du dissolvant. 68 Eugène GILSON Nous discuterons cette opinion plus loin. Pour le moment, nous nous bornerons à constater que, malgré le grand nombre de chimistes et de mi- crographes qui depuis plus d'un siècle ont étudié la question, on ne sait pas encore d'une façon positive ce que c'est que la subérine; ses éléments constitutifs même sont incomplètement connus. Après avoir résumé succinctement les travaux de nos devanciers, nous exposerons les principaux résultats des recherches chimiques et microgra- phiques que nous avons faites à l'Institut pharmaceutique de l'Université de Strasbourg, et à l'Institut cytologique de l'Université de Louvain, où Messieurs les professeurs F. A. FlUckiger et J. B. Carnoy nous ont fait un accueil dont nous ne saurions assez les remercier. Nous devons aussi des remerciements à Monsieur Gerock, assistant à l'Institut pharmaceutique de Strasbourg, pour les bons conseils qu'il nous a donnés au cours de nos travaux. APERÇU HISTORIQUE. Le premier travail connu sur la composition chimique du liège est celui de BRUGNATELLi(i)(i787).Ce chimiste fit d'abord incinérerune certaine quantité de liège, et remarqua que la proportion de cendre obtenue était très faible. Il soumit ensuite le liège à la distillation sèche et à l'action des acides sulfurique et chlorhydrique à chaud, mais sans obtenir de résultats inté- ressants. Le seul fait important signalé dans ce mémoire est la découverte d'un corps nouveau, que l'auteur obtint par l'action de l'acide nitrique fumant sur le liège râpé, et qu'il nomma acide subérique. Pour Brugnatelli, le liège est une combinaison de l'acide subérique avec une substance combustible, le phlogiston, et un peu de terre (oxydes alcalino-terreux) . En 1797, Bouillon la Grange (2), voulant s'assurer si l'acide décou- vert par Brugnatelli n'était pas de l'acide oxalique, reprit les expériences de ce chimiste. Par l'action de l'acide nitrique fumant sur le liège, il obtint un acide en tout semblable à celui qu'avait obtenu Brugnatelli. (i) Brugnatelli : Elément! di chimica ; tome II, p. loG; Traduction allemande. Crell's AnnalcD; Band I. (2) Bouillon la Grange : Annales de chimie. Série I, tome XXIII, 1797. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 69 L'auteur établit, par l'étude des propriétés physiques et chimiques de l'acide subérique, que ce corps n'était analogue à aucun des acides organiques connus jusqu'alors. A rencontre de Brugnatelli, Bouillon la Grange affirme catégori- quement que l'acide subérique n'existe pas comme tel dans le liège, mais qu'il se forme par l'action de l'acide nitrique sur cette substance. FouRCROY (1801J (1 j donne quelques nouvelles indications sur l'acide subérique, qu'il a obtenu comme Brugnatelli par l'action de l'acide nitrique sur le liège. L'auteur a fait des essais sur l'épiderme de plusieurs arbres, et a remar- qué des analogies avec le corps épidermoïdal du chêne, qui fournit le véri- table liège. Il propose de nommer suber la matière végétale analogue au liège qui recouvre tous les tissus végétaux et qui en forme l'épiderme. ^ Le liège proprement dit ne parait être que cette matière plus épaissie, plus condensée, plus accumulée. « Dans un premier mémoire publié en 1807, Chevreul (2) expose le résultat de ses recherches concernant l'action de l'acide nitrique sur le liège. Il résulte de ses travaux que l'acide subérique, qui se forme dans ce cas, est bien un acide particulier. L'auteur conclut en disant qu'il y a un grand rapport entre l'acide subérique et l'acide sébacique obtenu par Thénard. Dans un second mémoire (181 5j, Chevreul (3) indique d'abord un nouveau procédé d'analyse des substances végétales et, comme exemple, il donne l'analyse du liège ordinaire. Par l'eau bouillante, sous pression, le liège lui a fourni 14,25 0/0 d'un extrait contenant : une matière colorante rouge et une jaune, un acide inconnu, de l'acide gallique, une substance astringente, une substance azotée, une substance soluble dans l'eau et inso- luble dans l'alcool, enfin des combinaisons de fer, de calcium, de magnésium. Dans le liquide distillé il a retrouvé un peu d'acide acétique. Après cette extraction par l'eau, l'auteur traita le liège par l'alcool, et dans l'extrait obtenu par évaporation de ce liquide, il trouva: 1° un corps cristallisant en fines aiguilles blanches, qu'il nomma cérine; 2° un corps résineux jaune, rougissant le tournesol. (1) FoURCKOY : Système des connaissances chimiques, tome VIII, i8oi. (2) Chevreul : De Taclion de l'acide nitrique sur le liège. Annales de chimie, Série I, tome 96, 1807. (3) Chevreul ; Mémoire sur le moyen d'analyser plusieurs matières végétales et le liège en par- ticulier. Annales de chimie, Série 1, tome 96. -Q Eugène GILSON Le liège extrait par l'eau et par l'alcool est ensuite traité par l'acide nitrique, ce qui fournit à l'auteur ii o/u d'un produit insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, et i o/o d'un produit insoluble dans l'eau et l'alcool. La partie qui s'était dissoute dans l'eau contenait 22 0/0 d'acide subé- rique et 7 0/0 d'acide oxalique. Chevreul conclut de ses recherches « qu'on doit considérer le liège comme un tissu cellulaire dont les cavités contiennent des matières astrin- gentes, colorantes et résineuses ou huileuses. « Il donne le nom de subérine à la partie du liège qui ne se dissout ni dans l'eau ni dans l'alcool. BussY (1822) reprit cette étude à la suite d'une note envoyée à la rédaction du Journal de pharmacie par Macker, de Namur, dans laquelle l'auteur émettait l'avis que l'acide, dit subérique, pourrait bien n'être que de l'acide oxalique, en se basant sur ce qu'il avait obtenu ce dernier acide par l'action de l'acide nitrique sur le liège. Il trouva, comme Chevreul du reste, que par l'action de l'acide nitrique sur le liège on obtenait les acides subérique et oxalique. A partir de cette date, la formation de l'acide subérique par l'action de l'acide nitrique Sur le liège ne fut plus mise en doute. Dans la première partie d'un mémoire publié en 1836, BoussiNGAULf(i) étudie l'acide subérique. Il constate que les résultats de ses analyses élé- mentaires concordent avec ceux de Bussy. Il a préparé ensuite l'éther éthy- lique, et analysé les produits qui se forment par la distillation sèche de cet acide avec la chaux. Dans la deuxième partie de ce travail, l'auteur étudie le liège. En ex- trayant ce tissu par l'éther, il obtint un corps cristallisant en petites aiguilles blanches, la cérine de Chevreul, il lui donne pour formule Cj^Hj^O. Le premier il obs.erva le fait important, que la subérine de Chevreul se dissout en partie dans les solutions alcalines et que le liquide ainsi obtenu, additionné d'un acide, fournit un précipité brun qui, étant lui-même traité par l'acide nitrique, engendre l'acide subérique. Ce chimiste considère la partie de la subérine de Chevreul, qui ne s'est pas dissoute dans les alcalis, comme du ligneux souillé d'un peu de résine. 11 lui paraît vraisemblable que c'est le produit soluble dans les alcalis qui donne lieu à la formation d'acide subérique, lorsqu'on traite le liège par l'acide nitrique. (1) BoussiNGAULT : Journal de chimie médicale, de pharmacie, etc. Série II, tome U. i835. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 7I DôppiNG(i) (1843) en extrayant le liège soit par l'alcool, soit par l'éther, obtient la cérine. Il lui assigne pour formule CojH^oOj. Sous l'action de la potasse, cette prétendue cérine se dissout partielle- ment. Traitée par l'acide nitrique, elle fournit un corps cireux, un acide que l'auteur nomme acide cérinique. Cet acide est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther. Sa composition centésimale permet de le représenter par la formule Cj^Hj^O,. Le liège extrait par l'alcool fournissant encore de l'acide cérinique par le traitement à l'acide nitrique, l'auteur en conclut que l'alcool n'avait pas enlevé toute la cérine. DoppiNG donne le nom de cellulose de liège à la partie de ce tissu qui subsiste après le traitement par l'acide nitrique et lui donne pour formule Il appelle subérine la partie du liège qui est insoluble dans l'eau, l'acide chlorhydrique, l'alcool, l'éther. L'analyse élémentaire de ce produit lui a fourni les résultats suivants : C 67,80 H 8,70 O 21,20 N 2,30 En 1850J MiTSCHERLiCH (2) signale la difficulté d'obtenir du liège pur. Il constate que cette substance résiste longtemps à l'action de l'acide sulfu- rique, mais qu'elle est rapidement attaquée par le chlore ou tout autre oxydant. Par l'action de l'acide nitrique il obtint une série d'acides, parmi lesquels les acides subérique et succinique. Le liège de la pomme de terre et la cuticule de VAloe lingiia lui ont fourni les mêmes acides, mais en proportions différentes. Le liège du Querciis suber lui a fourni 39,67 0/0 d'acides, tandis que le liège de la pomme de terre, traité de la même façon, ne lui a fourni que 6,2 0/0 des mêmes acides, SiEWERT (3) (1867) extrait le liège par l'alcool et obtient 10 0/0 d'extrait. Après ce traitement, l'éther, la benzine, le chloroforme n'enlèvent plus que des traces de substance; c'est le chloroforme qui en enlève le plus, 0,1 0/0. (i) DôppiNG : Chemische Untersuchungen der Rinde der Korkeiche Annalen der Chemie unJ Pharmacie, Band 45, 1843. (2) MiTscHERLicH : Uebcr die Zusammensetzung der Wand der Pflanzenzelle. Annalen der Chemie und Pharmacie, Band 75, i85o. (3) SiEvvERT ; Zur Kenntniss der Korksubstanz, Zeitschrift fur die gesammten Naturwissenschaflen, Band 3o, 1SG7. 10 72 Eugène GILSON Dans l'extrait alcoolique, ce chimiste a trouvé : 1° Cérine cristallisée, 1,75 0/0;. 2° Acides gras non cristallisés, 2,50 0/0 ; 3° Substance non cristallisable, semblable à la graisse, 2,25 0/0; 4" Tannins solubles dans l'eau, 2,500/0; 5° Substances précipitées par refroidissement de la solution des tan- nins, 1 0/0. L'auteur considère la cérine comme homologue de l'alcool phénylique, et propose de la nommer alcool phellylique. Il lui donne pour formule C^H^^O. SiEWERT pense que l'acide gras cristallisé appartient à la série acrylique et le nomme acide décacrylique. Il représente sa composition par la formule Cet acide fond à 86°; il est soluble dans la potasse caustique; quoique très difficilement. Quanta la substance semblable à la graisse, l'auteur pro- pose de la désigner sous le nom d'eulysine. Cette substance fond vers 150"; il lui assigne la formule Cj^HjgO,. Payen (1) (1868) fait successivement agir sur le liège de la pomme de terre de l'acide chlorhydrique à 4 0/0 pendant huit jours, de l'acide acétique à 20 0/0 pendant di); jours, ensuite le même acide, mais plus concentré, pen- dant sept jours. Il lave alors le résidu, puis le traite par une solution de potasse caustique à i\) 0/0, à une température de 30° à 70°, pendant vingt- cinq jours, en changeant cinq fois le liquide. Il lave le produit à l'eau dis- tillée et le traite par l'acide acétique à 8 0/0, à la température de 20° à 25°, pendant cinq jours. Après un nouveau lavage à l'eau et à l'alcool, il obtient de la cellulose pure, complètement soluble dans le réactif de Schweitzer. Payen conclut du fait qu'il suffit de traiter le liège par des agents chimiques relativement faibles pour obtenir de la cellulose pure, qu'il n'existe pas de substance propre au liège qui infiltrerait la cellulose, mais seulement des graisses, des sels et des substances azotées qui imprègnent simplement la cellulose, en lui donnant les propriétés spéciales du liège. Fr. VON Hôhnel(2) (1877) fait au microscope une étude comparée du liège d'un grand nombre de plantes différentes. D'après ce micrographe, la membrane des cellules subéreuses se com- pose, à peu d'exceptions près, de cinq lamelles : (1) Payen : Comptes-rendus, i" série, 1868. (2) Fr. Von HOhnel : Ueber den Kork und verkorkte Gewebe ûberhaupt. Sitzungsberichte der Kais. Académie der Wissenschaften, Abtheilung I, Band LXX.VI, 1877. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 73 1° Une lamelle commune aux deux cellules, qu'il nomme lamelle moyenne « Mittellamelle »>. Cette partie de la membrane est constituée de cellulose fortement lignifiée ; 2° Deux lamelles de subérine, une de chaque côté de la - IMittellamelle « ; 3° Deux lamelles de cellulose constituant la partie la plus intérieure de la membrane des cellules. D'après l'auteur, la subérine est une substance déterminée aussi bien que la cellulose et la lignine, et bien caractérisée microscopiquement par sa façon de se conduire en présence de la potasse et de l'acide nitrique. La lamelle de subérine contient, outre la substance de ce nom, de la cellulose. Fr.von Hohnel conserve à l'acide obtenu par l'action de l'acide nitrique sur le liège, le nom d'acide cérinique, nom donné par Dôpping, tout en faisant remarquer qu'il n'y a aucun rapport entre la petite quantité de cérine contenue dans le liège, et la grande quantité d'acides obtenus par l'action de l'acide nitrique sur ce tissu. Dopping a donc fait erreur en admettant que cet acide se formait aux dépens de la cérine. Le liège, extrait par l'alcool, a fourni à von Hôhnel 53,7 0/0 d'acide cérinique, et le liège non extrait par l'alcool 43 0/0. L'auteur entre ensuite dans de longues considérations, d'où il conclut : que la subérine doit contenir environ 74 0/0 de carbone, 10 0/0 d'hydrogène et 16 0/0 d'oxygène ; il croit pouvoir classer cette substance entre la cellulose et les cires végétales. Sous l'influence de la potasse, elle subit une saponi- fication. Notons encore que von Hôhnel a retrouvé de la cire dans le liège du Sûlix. Frémy et Urbain (1) (1882) étudient le squelette des végétaux au point de vue chimique. Pour eux, les corps principaux qui constituent ce sque- lette, sont : 1° La pectose et ses dérivés ; 2° Les substances cellulosiques sous leurs différents états isomériques; 3° La cutose ; 4° La vasculose. La pectose se dissout dans les carbonates alcalins. La cellulose se dissout immédiatement dans le réactif ammoniaco- cuivrique. (i) Feemy et Urbain : Études chimiques sur le squelette des végétaux Journal de pharmacie et de chimie, 5' Série, tome V, 18S2. 74 Eugène GILSON La paracellulose ne se dissout dans le réactif cuivrique qu'après l'action des acides. La métacellulose résiste à l'influence du réactif cuivrique, même après l'action des acides; l'acide. nitrique et les hypochlorites la dissolvent rapi- dement. La vasculose est insoluble dans le réactif ammoniaco-cuivrique, même après l'action des acides; elle résiste pendant longtemps à l'acide sulfurique concentré. Elle est attaquée rapidement par le chlore, par les hypochlorites et les oxydants tels que l'acide azotique, l'acide chromique, le permanganate de potasse, etc. Les alcalis caustiques, agissant à chaud et sous pression sur la vasculose, la dissolvent. La cutose n'est dissoute ni par l'acide sulfurique concentré ni par le réactif cuivrique; elle est attaquée par les agents oxydants et pourrait sous ce rapport être confondue avec la vasculose. Mais tandis que celle-ci n'est attaquée par les alcalis caustiques que lorsqu'ils agissent à chaud et sous pression, la cutose se dissout rapidement à la température ordinaire dans les dissolutions alcalines étendues. Se basant sur les propriétés ci-dessus indiquées, les auteurs analysent différents tissus, entre autre le liège du Qiievcus suber, dans lequel ils ont trouvé : Matières solubles dans les acides et les alcalis 15 Cutose 43 Vasculose 29 Cellulose et paracellulose 12 Le mélange de ce que Fremy et Urbain nomment cutose et vasculose, constitue la subérine de Chevreul. La cutose constitue à l'état impur ce que nous appelons subérine. KiiGLER (1) (1884). Son travail est consacré à l'étude chimique du liège du Quercus suber. Il épuise d'abord le liège par le chloroforme bouillant, et, dans cet extrait chloroformique, d'ailleurs peu considérable, l'auteur a retrouvé : i" De la cérine; 2° De l'acide stéarique ; 30 Un acide nouveau, l'acide phellonique; 4° De la glycérine. Après ce traitement au chloroforme qui n'a guère modifié l'aspect du (i) KiiGLER : Ueber das Suberin. Inaugurale Dissertation der mathematischen. und naturwissen- schaftlichen FacultU der Kaiser-Wilhelms-UniversiUit, Strassburg. LA SUBERINE ET LES CELLULES DU LIEGE 75 liège, KtiGLER le traite par l'alcool bouillant, qui enlève des tannins et des substances semblables aux "Phlobaphen^ de Bottinger(i), Le liège, ainsi extrait par le chloroforme et l'alcool, est soumis à l'ébullition avec une solu- tion alcoolique de potasse caustique, pendant deux jours. Dans le liquide alcoolique alcalin filtré, l'auteur a retrouvé : 1° De l'acide stéarique; 2° De l'acide phellonique; 3° De la glycérine ; 4° De la coniférine et de la vanilline, en petites quantités. L'acide phellonique fond à 96°; sa composition centésimale correspond à la formule empirique C^oH^jOg. La partie du liège qui ne s'est pas dissoute dans la solution alcoolique de potasse est traitée par l'eau. Cette solution aqueuse contient des corps semblables aux substances dites humiques. Le résidu insoluble dans le chloroforme, l'alcool, la potasse en solution alcoolique et l'eau, est constitué de cellulose et de lignine. Le liège, après avoir subi les différents traitements que nous venons d'indiquer, ne fournit plus d'acide cérinique par l'action de l'acide nitrique. Voici, d'après l'auteur, la composition du liège du " Qiierciis siiber " ; „ . , , ^ . ( Cérine 2,90 ) Extrait chloroiormique j . , 13 0/0 ( Acides 10,10 ] Extrait alcoolique 6 0/0 T- ^ -^ 1 ^ 11- ( Acides 30 1 ^ Extrait par la potasse alcoolique ^, . 1 32,65 ( Glycérine 2,65 1 ■ Extrait aqueux 8 Cellulose 22 Eau 5 Cendres 0,50 Par le calcul il trouva : lignine 1 2 KiiGLER conclut de ses recherches que la subérine est une graisse dans le sens exact du mot ; la potasse la saponifie,- l'acide nitrique la transforme en acides .subérique et cérinique. Il reconnaît qu'il est très étonnant qu'on ne puisse pas extraire com- plètement la subérine par les dissolvants ordinaires des graisses. Pour ex- pliquer ce fait, il admet que dans la lamelle subéreuse les molécules de graisses sont enfermées (eingeschlossen liegen) entre les molécules de cellu- lose, et que celles-ci empêchent le dissolvant d'arriver à la graisse. (i) BoTTiNGER : Aiuialen der Chemie und Pharmacie, Band 302. 76 Eugène GILSON Van Wisselingh (i), en 1888, publia des recherches faites au point de vue microscopique, qui confirment dans presque tous leurs détails les observations de von Hôhnel. Il s'en sépare, toutefois, précisément sur le point qui nous intéresse le plus : la composition de la lamelle subéreuse. Ayant remarqué que la lamelle subéreuse, préalablement traitée soit par la potasse caustique, soit par l'acide chromique, puis par le chlorure de zinc iodé, se colorait non pas en bleu, mais en violet, et que de plus on pouvait éga- lement obtenir cette coloration par l'iode dissous dans l'iodure de potassium, l'auteur juge que cette coloration violette ne peut être due à la cellulose. Pour enlever la subérine sans toucher à la cellulose. Van Wisselingh a imaginé un procédé ingénieux, qui consiste à traiter les coupes par de la glycérine chauffée vers 250°— 290°. Lorsque par ce procédé il est parvenu à éliminer la subérine, il ne réussit plus à obtenir la réaction de la cellulose sur le restant de la lamelle subéreuse, et il en conclut que cette lamelle ne contient pas de cellulose. L'auteur fait remarquer qu'il n'a jamais obtenu de fusion de la lamelle subéreuse. Dans certains cas seulement il a observé l'exsudation d'une « soi-disant cire ». Voici les conclusions de ce travail, qui présentent de l'intérêt pour nous: 1° La lamelle de subérine ne contient pas de cellulose; 2° Après rriacération dans l'acide chromique ou la potasse, à la tempé- rature ordinaire, ou après chauffage à la solution de potasse, la lamelle subéreuse peut être colorée en violet, tant par l'iode que par le chlorure de zinc iodé; 3° Différant en cela d"avec les couches cuticularisées, la lamelle subéreuse ne laisse pas de base cellulosique, lorsque par le chauffage dans la glycérine on réussit à la débarrasser de subérine ; 4° Divers composés chimiques, très analogues aux matières grasses, constituent l'élément essentiel de la lamelle subéreuse; ils sont compris sous la dénomination commune de subérine; 5° Chauffée dans la glycérine, à des températures où les graisses se décomposent, la lamelle subéreuse éprouve une décomposition qui n'est pas précédée de fusion; 7" Le pouvoir de résistance à l'action de la potasse ou d'autres réactifs énergiques est très différent pour les divers éléments de la lamelle subéreuse; 12" La présence de la soi-disant cire dans la lamelle subéreuse est moins rare qu'on ne l'avait supposée jusqu'ici. Cl) Van Wisselingh : Sur la paroi des cellules subéreuses. Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, Tome XII, i" livraison, 1888. PREMIÈRE PARTIE. RECHERCHES CHIMIQUES. Les divergences que nous avons signalées entre les divers auteurs, qui ont fait du tissu subéreux l'objet de leurs recherches, nous obligent à pré- ciser avant tout le sens que nous attribuons au terme subérine. Nos résultats nous permettent de définir comme il suit la substance qui donne au liège ses propriétés principales : la subérine est la partie du tissu subéreux, qui est insoluble dans les dissolvants neutres, l'acide sulfurique concentré et le réactif de Schweitzer ; elle est soluble à chaud dans la potasse en solution alcoolique faible et fournit par l'action de l'acide nitrique de sacides d'aspect gras, solubles dans l'alcool, l'éther, etc. Ajoutons que le terme général : acides subérogéniqiies, nous servira, à désigner les divers acides qui entrent dans la composition de la subérine. I. Analyse du liège du Quercus suber. Essais préliminaires. Afin de trouver un procédé rationnel, permettant de traiter le liège d'une façon aussi avantageuse que possible, nous avons fait une série d'essais préliminaires, en employant successivement le carbonate de sodium en so- lution aqueuse, et l'hydroxyde de potassium en solution alcoolique à diffé- rents états de concentration et dans différentes conditions. Ces essais nous ont permis d'établir différents faits, dont voici les principaux. Même après une ébuUition prolongée avec une solution concentrée de carbonate de sodium, la subérine n'est que très faiblement attaquée; par contre, les substances humiques qui l'accompagnent dans le liège sont dissoutes. Il suffit de traiter le liège par une solution alcoolique d'hydroxyde de potassium à 3 0/0, pendant trois quarts d'heure, pour le débarrasser com- plètement de subérine. Par ce traitement on obtient différents sels de potassium, solubles dans l'alcool bouillant; les uns y sont également solubles à froid, les autres insolubles. 78 Eugène GILSON Sels de potassium insolubles dans r alcool froid. - Par refroidissement de leur solution alcoolique, ces sels cristallisent, si la solution contient un excès d'alcali, tandis que, si elle est neutre, il ne se forme pas de cristaux, et tout le liquide se pi'enden masse. Ces sels de potassium traités par l'eau forment, lorsque; la solution est neutre, un liquide épais, gélatineux, qu'il est impossible de filtrer au papier. Au contraire, si la solution est fortement alcaline, ou si elle contient une forte proportion d'un sel de potassium ou de sodium, le précipité s'agglomère, et on peut le séparer par filtration du liquide au sein duquel il nage. Le sel de potassium, insoluble dans l'eau, fournit l'acide phellonique. Si l'on décompose le phellonate de potassium par l'acide chlorhydrique à chaud, on obtient, outre l'acide phellonique, un corps insoluble dans l'alcool, et que nous avons reconnu être un anhydride de cet acide. Sels de potassium solubles dans l'alcool froid. — Ces sels sont également très solubles dans l'eau froide. Lorsqu'on les décompose par l'acide sulfuri- que ou chlorhydrique dilué, on obtient un acide semi-liquide, insoluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, insoluble dans l'éther de pétrole. - La solution alcoolique de cet acide et de ses sels alcalins est incomplè- tement précipitée par les sels de baryum, de calcium, de magnésium et de plomb. La précipitation, plus ou moins complète, dépend de la concentra- tion de la solution et d'autres circonstances encore. C'est sur ces différentes propriétés des acides subérogéniques et de leurs sels qu'est fondé le procédé que nous allons décrire. Description du procédé d'analyse. Le liège en poudre est additionné de douze fois son poids d'une solu- tion alcoolique d'hydroxyde de potassium à 3 0/0; le mélange est introduit dans un appareil à reflux, et soumis à l'ébullition pendant trois quarts d'heure. Après ce laps de temps, le liquide alcoolique est filtré à chaud à travers une toile et le résidu insoluble est soumis à la presse. Le gâteau brun-noir- âtre ainsi obtenu est additionné d'une quantité d'alcool, suffisante pour former un mélange semi-liquide, qu'on fait bouillir pendant une demi-heure; ensuite on filtre et on exprime. Le résidu d'expression est soumis encore une fois à un traitement semblable. Les liquides alcooliques résultant de ces trois extractions sont réunis et concentrés par distillation jusqu'à ce que la liqueur ait acquis un volume LA SUBERINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 79 égal environ au quart du volume primitif; on la filtre alors à chaud, au papier, et on la laisse refroidir et déposer pendant vingt-quatre heures. On sépare ensuite par filtration le précipité cristallin jaunâtre, qui s'est déposé au fond du vase, du liquide noirâtre qui surnage. Précipité I. Solution IL Examen du précipité I. Ce précipité est lavé à l'alcool, exprimé, puis chauffé au bain-marie jusqu'à ce qu'il soit complètement débarrassé d'alcool. On le traite ensuite par l'eau bouillante additionnée d'environ 25 0/0 de chlorure de sodium et de quelques gouttes de potasse ou de soude caustique, puis on filtre le liquide bouillant en faisant usage d'un entonnoir chauffé. Ce traitement du précipité à l'eau bouillante, additionnée de chlorure de sodium et d'hydro- xyde de potassium, est renouvelé jusqu'à ce que le précipité soit blanc et que la solution filtrée soit incolore. Précipité A. Solution B. Examen du précipité A . Le précipité A, autant que possible débarrassé d'eau par expression, est dissous dans l'alcool bouillant et cette solution est filtrée à chaud ; par refroidissement il se forme un précipité. Ce précipité est desséché au bain- marie, pulvérisé finement, puis extrait par l'éther bouillant jusqu'à ce que le liquide n'enlève plus rien. Les sels de potassium, ainsi débarrassés de cérine, sont additionnés d'eau distillée et soumis à l'ébullition jusqu'à ce qu'on ob- tienne une masse visqueuse homogène, à laquelle on ajoute après refroidis- sement de l'acide sulfurique dilué en léger excès. On laisse l'action de l'acide se prolonger pendant quelques heures, en ayant soin d'agiter fréquemment le liquide au sein duquel nage un abondant précipité blanc. L'acide ainsi obtenu est recueilli sur un filtre et lavé à l'eau distillée jusqu'à ce que la solution filtrée, additionnée de chlorure de baryum, ne donne plus la réaction de l'acide sulfurique. Le précipité est alors pressé entre des doubles de papier à filtrer, puis desséché à froid en présence de l'acide sulfurique concentré. Le produit sec est dissous dans le chloroforme bouillant, et la solution est filtrée à chaud. Par refroidissement du liquide il se dépose un corps blanc cristallisant en houppes. En faisant cristalliser le produit deux ou trois fois de la même façon, et en le laissant finalement sécher à la température ordinaire sous une cloche contenant de l'acide sulfurique concentré et de l'huile, on obtient facilement un corps à point de fusion fixe 95° — 96°. C'est l'acide phellonique. 8o Eugène GILSON Examen delà solution alcoolique II. Cette solution est complètement débarrassée d'alcool. Le résidu est dissous dans l'eau chaude. La solution aqueuse filtrée est additionnée d'acide chlorhydrique et chauffée jusqu'à ce que le précipité d'acides qui nage dans le liquide soit complètement fondu et surnage à la surface d'un liquide clair. Après refroidissement on sépare par décantation et filtration le précipité du liquide. Précipité A'. Solution B'. Examen du précipité A'. Ce précipité est dissous dans l'éther. La solution éthérée filtrée est agitée à plusieurs reprises avec de l'eau distillée, jusqu'à ce que celle-ci ne présente plus la réaction de l'acide chlorhydrique. Le liquide éthéré est alors décanté et distillé pour éliminer tout l'éther. Le résidu de la distilla- tion est dissous dans l'alcool à 96 0/0. La solution préalablement addition- née de carbonate de potassium sec et en poudre est soumise à l'ébullition dans un appareil à reflux, jusqu'à ce qu'elle soit devenue alcaline. On ajoute ensuite au liquide refroidi, et débarrassé par filtration de l'excès de carbonate de potassium, une solution alcoolique de chlorure de magnésium jusqu'à qu'il ne se produise plus de précipité. Après plusieiu's heures de repos, lorsque la liqueur s'est complètement éclaircie, on la sépare par décantation et filtration du précipité résineux qui s'est déposé. Solution a\ Précipité b'. Examen de la solution a'. On concentre cette solution par distillation, puis on la laisse reposer pendant deux jours. On filtre alors pour séparer le précipité qui s'est formé. Solution c'. Précipité d'. Examen de la solution c. Cette solution est distillée, puis évaporée jusqu'à sec au bain-marie, pour la débarrasser complètement d'alcool. Le résidu est repris par l'eau distillée, puis décomposé par l'acide chlorhydrique à chaud. Après refroi- dissement, l'acide mis en liberté est dissous dans l'éther, cette solution éthérée est agitée avec de l'eau distillée jusqu'à ce qu'elle soit complètement débarrassée d'acide chlorhydrique, puis décantée, filtrée et distillée. Le résidu de cette distillation est dissous dans le chloroforme, et cette solution est additionnée petit à petit et successivement d'èther de pétrole, jusqu'à LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 8l ce qu'après repos le liquide limpide soit devenu jaunâtre. Ce liquide est alors décanté, filtré, puis distillé et finalement chauffé au bain-marie jusqu'à ce que tout l'éther de pétrole et le chloroforme aient disparu. Nous appellerons le corps ainsi obtenu, acide siiberiniqiie. Examen du précipité d' . Ce précipité débarrassé d'alcool est repris par l'eau, puis décomposé par l'acide chlorhydrique à chaud. On sépare par décantation et filtration la solution aqueuse du précipité huileux, et on extrait ce dernier par l'eau bouillante aussi longtemps que par refroidissement du liquide il se forme des aiguilles cristallines blanches. On lave ce précipité cristallin à l'eau distillée et on le purifie par cris- tallisation dans l'alcool. Nous désignerons ce corps, en attendant que sa composition chimique soit établie, sous le nom d'acide phloïonique (de 'jVj^o; écorce). Examen de la solution B'. On additionne ce liquide acide d'un excès d'oxyde de plomb, et on l'éva- poré par petites portions au bain-marie en ayant soin de l'agiter fréquem- ment ; lorsqu'il est réduit à un petit volume on le laisse refroidir et on le filtre, on ajoute au liquide filtré quelques gouttes d'acide chlorhydrique et on filtre de nouveau. Le liquide ainsi obtenu est additionné d'un excès d'oxyde de plomb et de sable et évaporé presque jusqu'à sec. Lorsque la masse est refroidie, on la pulvérise et on l'extrait par l'alcool absolu; la solution alcoolique filtrée est additionnée d'une fois et demie son volume d'éther. Le liquide éthéro-alcoolique est abandonné au repos pendant douze heures, décanté, filtré et distillé, et finalement évaporé au bain-marie. On obtient de la sorte un liquide jaunâtre, sirupeux, d'un goût sucré. Quelques gouttes de ce liquide, chauffées dans un tube avec du sulfate acide de potassium, fournissent l'odeur caractéristique de l'acroléine. On dissout une petite partie de ce liquide dans l'eau, on l'additionne de potasse caustique et de chlorure de benzoyle et on agite fortement le mélange. Après quelque temps, le corps blanc insoluble qui s'est formé est recueilli et purifié par cristallisation dans l'éther de pétrole. On obtient ainsi un corps cristallisant en fines aiguilles et fondant vers 70° (triben- zoate de glycéryle). Ces réactions indiquent la présence de la glycérine. 82' Eugène GILSON o •V w Oh co (D C >- J <; o p c ^ çl. r, o <î o v2 '^ C (U o Oj f/î w ^a ooli ent u ^ S o C4 en Ah solu efroi l-H O H 3 03 Z CIh < ^-1 ^ Dh -^ raité cha ç^ •^ -d •*-* m !U O H—* < w -l; J ^^ en m 0) *^ <; J c H .2 " o tn ai _rt 'S ft D 'o c« ■eu _-, ■u — Ë V-< kj o o ri ^ Cil a. a > 3 O <50 T3 13 ri 13 e/î 3 O O œ -a 3 o ■eu 0. S. o 73. o ri 13 -a; Q ri Cl. C 3 t/î •0) C ta ri 13 3 O w 13 C O O CQ eo C nî 13 OJ _2 "o ai G 13 X 3 ri W O Ph D 13 c 3 O Xi m g & « eu O U 3 O CL, c _J_, _i-lH o en 'o eu •01 '*-» ^1 ^ 4-1 ri Oh eu eu 3 13 en eu eu '^ ■eu ■eu 3 S 0^ _3 en en 13 en en eli 1 W W S i-i -5 p •tj §' _o O* .'=" ■OJ en 2 eu •S 13 "o eu ej 13 K en en ^ eu ,^ eu LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 83 DESCRIPTION ET PROPRIÉTÉS DES ACIDES SUBÉROGÉNIQ'UES, DE LEURS SELS, ETC. Acide phellonique. L'acide phellonique, obtenu comme nous l'avons indiqué à la page 79, est blanc ; il possède néanmoins une très légère teinte jaunâtre qui per- siste même après un très grand nombre de cristallisations. On peut lui enlever cette teinte par précipitation fractionnée au moyen de l'acétate de magnésium; le premier précipité qui se forme entraîne les dernières traces de matière colorante, et la partie de l'acide qui n'a pas été précipitée est parfaitement blanche. Obtenu par refroidissement de sa solution chloroformique, l'acide phellonique se présente sous la forme de houppes cristallines qui, par dessiccation, ne tardent pas à tomber en une poussière d'un blanc de neige, dépourvue de tout aspect gras. L'acide phellonique fond entre 95°— 96° en un liquide huileux, limpide, incolore, qui se prend par refroidissement en une masse cristalline cassante. Il est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme bouillant; peu soluble à froid. Par refroidissement de sa solution alcoolique, il se précipite sous la forme d'une poudre blanche constituée de cristaux microscopiques. Son meilleur dissolvant est le chloroforme. Il se dissout également, quoique peu, dans l'éther de pétrole bouillant. Sa solubilité dans ce dissolvant varie beaucoup avec le point d'ébullition du liquide. Chauffé sur une lamé de platine, il fond, puis brûle avec une flamme éclairante, sans laisser de résidu. Sous l'action prolongée de la chaleur, l'acide phellonique subit des mo- difications importantes, qui sont indiquées par les variations que subit son point de fusion. Chauffé à l'abri de l'air entre 170° et 180°, il se transforme en un anhy- dride fondant vers loïc et 102°. Cette transformation se fait lentement : Après deux heures de chauffe, le produit fond de 98° — 99°- r> trois « « V V 980— 99°. « cinq V » « » 99° — 100°. dix n r< n n 101° — 102°. Cet anhydride est insoluble dans l'alcool, mais soluble dans le chloro- forme bouillant. Si l'on prolonge l'action de la chaleur, on obtient une 84 Eugène GILSON seconde modification, un corps insoluble dans le chloroforme bouillant, corps que nous décrirons plus loin. Pour obtenir l'anhydride phellonique il n'est pas indispensable de chauffera iSo°, pourvu que Faction de la chaleur soit suffisamment prolongée. Chauffé entre 100° — 105° en tube fermé avec de l'acide chlorhydrique concentré, l'acide phellonique se transforme également en anhydride. A la température ordinaire il n'absorbe pas les vapeurs de brome. Les analyses élémentaires de l'acide phellonique ont fourni les résul- tats suivants : I. 0,1673 gr. de l'acide ont fourni 0,4560 gr. d'anhydride carbonique correspondant à 74,33 0/0 de carbone; et 0,1860 d'eau correspondant à 12,35 0/0 d'hydrogène. II. 0,1903 gr. de l'acide ont fourni 0,5180 d'anhydride carbonique et 0,2126 gr. d'eau, correspondant respectivement à 74,23 0/0 de carbone et 12,41 0/0 d'hydrogène. III. 0,2132 gr. de l'acide ont fourni o,5798 gr. d'anhydride carbonique et 0,2358 gr. d'eau, correspondant respectivement à 74, 16 0/0 de carbone et 12,28 0/0 d'hydrogène. Ces résultats permettent de donner à l'acide phellonique la formule empirique CjH^jOs, comme on peut s'en assurer par l'examen des chiffres suivants : CALCULÉ POUR TROUVE MOYENNE QaH^Oj I II III • C 74,37 74,33 74,23 74,16 74,24 H 12,11 12,35 13,41 12,28 12,35 13,52 13,32 13,36 *3,56 100,00 13,41 100,00 100,00 100,00 100,00 Lorsqu'on traite l'acide phellonique par le chlorure de zinc iodé (solu- tion préparée comme le réactif usité pour la recherche microchimique de la cellulose), on obtient après quelque temps une coloration rose violacée; mais cette réaction n'est pas toujours très nette. On obtient à coup sûr et immédiatement une belle coloration, si, après avoir humecté l'acide d'une solution alcoolique très diluée d'iode, on l'additionne d'acide sulfurique concentré. Les phellonates fournissent également cette réaction. Les acides subérinique et phlo'ionique ne la fournissent pas. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 85 Anhydride phellonique. Préparation. i° On chauffe l'acide phellonique à une température de 175° - 180° pendant dix heures. Après refroidissement, on concasse le produit et on le dissout dans le chloroforme bouillant. Par refroidissement du liquide on obtient un corps pulvérulent, qu'on extrait par l'alcool bouil- lant pour le débarrasser de l'acide phellonique qui n'aurait pas été trans- formé. Ensuite on dissout encore une fois l'anhydride dans le chloroforme bouillant ; on recueille le précipité qui se forme par refroidissement du liquide chloroformique, et on le fait sécher. 2û On chauffe l'acide phellonique à une température de loo"— 105°, pendant douze heures, en tube fermé, avec de l'acide chlorhydrique con- centré. On pulvérise ensuite le produit ainsi obtenu, on le lave jusqu'à ce qu'il soit complètement débarrassé d'acide chlorhydrique, on le sèche, puis on le purifie en le traitant par le chloroforme et l'alcool bouillant, comme nous l'avons indiqué plus haut. L'anhydride phellonique est un corps blanc, inodore, insipide, inso- luble dans l'eau, très peu soluble dans l'alcool et l'éther même bouillant, soluble dans" le chloroforme bouillant. Il se dissout, mais seulement après une ébullition prolongée dans une solution alcoolique de potasse caustique, en se transformant en phellonate de potassium. Il fond â 102" Les analyses élémentaires ont fourni les résultats suivants : A. Produit obtenu par l'action de la chaleur seule. I. 0,2355 gr. de la substance ont fourni o,6595 gr. d'anhydride car- bonique et 0,2602 d'eau, correspondant respectivement à 76,37 0/0 de car- bone et 12,27 0/0 d'hydrogène. II. 0,3180 gr. de la substance ont fourni 0,8876 gr. d'anhydride car- bonique et 0,3515 gr. d'eau, correspondant respectivement à 76,12 0/0 de carbone et 12,27 0/0 d'hydrogène. III. 0,2090 gr. de la substance ont fourni 0,5835 gr. d'anhydride car- bonique et 0,2260 gr. d'eau, correspondant respectivement à 76,14 0/0 de carbone et 12,01 d'hydrogène. Ces résultats nous permettent de considérer ce corps comme formé de deux molécules d'acide phellonique, moins une molécule d'eau, ainsi qu'on peut s'en assurer par l'examen des chiffres ci-dessous. 85 Eugène GILSON CALCULE POUR (Q,H„03V H,0 I TROUVÉ II III MOYENNE C 76,30 7-6,37 76,12 76,14 76,21 H 12,14 12,27 12,27 12,01 12,19 13,56 11.36 1 1,61 11,85 100,00 11,60 100,00 100,00 100,00 100,00 B. Produit obtenu en présence de l'acide chlorhydrique concentré. I. 0,2317 gr. de la substance ont fourni 0,6517 gr. d'anhydride car- bonique et 0,2563 gr. d'eau, correspondant respectivement à 76,70 0/0 de carbone et 12,28 0/0 d'hydrogène. II. 0,1844 gi". de la substance ont fourni 0,5195 gr. d'anhydride car- bonique et 0,2056 gr. d'eau, correspondant respectivement à 76,83 0/0 de carbone et 12,38 0/0 d'hydrogène. III. 0,1901 gr. de la substance ont fourni 0,5375 gr. d'anhydride car- bonique et 0,21 17 gr. d'eau, correspondant respectivement à 77,11 0/0 de carbone et 12,37 0/0 d'hydrogène. CALCULÉ POUR (C,.H„0.).-H.O ^ ""ZL^^ "°"™'- *-"44^84'"'5' J JJ JJJ C 76,30 76,70 76,83 77,11 76,88 H 12,14 12,28 12,3s 12,37 12,34 O 11,56 11,02 10,79 10,52 10,78 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 Nous avons donc trouvé dans ce cas-ci un peu plus de carbone qu'en exigerait la théorie. Il se forme peut-être une certaine quantité d'un second anhydride de la formule C„Hj303 — H^O = Cj^H^iO^, et qui doit contenir d'après le calcul : C 78,34 H 12,17 O 9,49 100,00 Si l'on chauffe l'anhydride phellonique à 180° pendant plusieurs heures (nous l'avons chauffé jusqu'à trente-deux heures), il se transforme en un corps ne se dissolvant plus ou presque plus dans le chloroforme même bouillant, mais s'y gonflant, devenant transparent et prenant assez bien l'aspect de la gélatine gonflée par l'eau. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 87 Ce corps se ramollit et devient transparent vers 105°; il ne coule pas, mais se laisse étirer en longs fils. L'analyse élémentaire de ce produit nous a donné les résultats suivants : 0,1866 gr. de la substance ont fourni 0,5287 gr. d'anhydride carbonique et 0,2083 gr. d'eau, correspondant respectivement à 77,27 0/0 de carbone et 12,400/0 d'hydrogène. C 77,27 H 12,40 O 10,33 100,00 Avions-nous un mélange d'un premier et d'un second anhydride? ou bien un produit de condensation ou de polymérisation? Nous n'avons pas poussé plus loin l'étude de ce corps. Phellonate de potassium. Pour préparer ce sel, on dissout l'acide phellonique dans une solution alcoolique bouillante d'hydroxyde de potassium contenant un excès d'alcali. Lorsque la dissolution est complète, on laisse refroidir le liquide dans un vase fermé. Après quelques heures, lorsque le précipité cristallin s'est déposé, on le jette sur un filtre, on le lave à l'alcool, on le sèche, puis on le pulvé- rise. Cette poudre est dissoute dans l'alcool absolu bouillant et le liquide filtré à chaud, pour séparer un peu de carbonate de potassium. Par refroi- dissement, le liquide alcoolique se prend en une sorte de gelée, qu'on dé- barrasse d'alcool par filtration et expression entre des doubles de papier à filtrer. Finalement, on sèche le produit à froid en présence de l'acide sulfu- rique concentré. 0,1989 gr. de phellonate ont donné 0,1514 gr. de sulfate de potassium correspondant à 9,71 0/0 de métal. CALCULÉ POUR Cj^HjjOjK TROUVÉ 9,89 0/0 ' 9,71 0/0 Le phellonate de potassium est insoluble dans l'eau, même à chaud. Il se gonfle dans l'eau froide. Si l'on fait bouillir le liquide pendant quelques instants, celui-ci présente assez bien l'aspect de l'empois d'amidon. Il suffit d'ajouter soit de l'hydroxyde, soit un sel de potassium ou de sodium, pour que le précipité redevienne grumeleux. 88 Eugène GILSON Le phellonate de potassium est soluble à chaud, dans l'alcool, même dilué. Par refroidissement, le liquide se prend en une sorte de gelée, mais si l'alcool contient une certaiiie quantité d'un hydroxyde alcalin, le sel cristallise. Lorsqu'on traite le pliellonate de potassium par le chlorure de zinc iodé, il se colore en rose violacé, puis en rouge cuivreux. Il suffit d'ajouter de l'eau pour faire disparaître cette coloration. On peut aussi obtenir une teinte semblable avec une solution d'iode dans l'iodure de potassium, mais seulement après un temps plus ou moins prolongé. Cette curieuse réaction est importante au point de vue de l'étude mi- croscopique des membranes. C'est du reste en étudiant le liège au micros- cope que nous l'avons découverte. Comme nous l'avons dit, l'acide phello- nique fournit une coloration semblable, mais c'est avec le sel de potassium que la réaction réussit le mieux. Phellonate de baryum. On obtient ce sel par addition d'une solution d'acétate de baryuni à une solution alcoolique chaude d'acide phellonique. Ensuite on filtre et on lave le précipité à l'alcool chaud. On peut également l'obtenir par préci- pitation, au moyen du sel de potassium dissous dans l'alcool faible et d'une solution d'acétate ou de chlorure de baryum. C'est un corps blanc insoluble dans l'eau et dans l'alcool; chauffé sur une lame de platine, il fond, puis brûle en abandonnant un résidu de car- bonate de baryum. 0,2244 gr. de ce sel ont fourni 0,0618 gr. de sulfate de baryum, corres- pondant à 16,18 0/0 de métal. CALCULÉ POUR {C^^}^i^O^)Jid TROUVÉ 16,21 16,18 Phellonate d'argent. On l'obtient en ajoutant une solution d'azotate ou d'acétate d'argent à une solution alcoolique chaude d'acide phellonique ou de phellonate de potassium. Ce sel est blanc; exposé à la lumière, il se colore petit à petit en violet. A l'abri de la lumière, il se conserve bien. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 89 0,3491 gr. de ce sel ont fourni 0,0809 gr. d'argent, correspondant à 23,17 0/0, CALCULÉ POUR C.jH^^OjA^ TROUVÉ 23,350/0 23,170/0 Acide subérinique. A la température ordinaire l'acide subérinique est semi-liquide, filant; sous l'action de la chaleur il devient rapidement fluide. Il est insoluble dans l'eau, excessivement soluble dans l'alcool, 1 ether, le chloroforme, insoluble dans l'éther de pétrole. Il se dissout dans les solutions aqueuses ou alcooliques d'alcalis causti- ques, de même que dans les solutions de carbonates alcalins. Sa solution al- coolique ne précipite ni par l'acétate de magnésium, ni par celui de baryum. L'acide subérinique, chauffé sur une lame de platine, brûle avec une flamme éclairante sans laisser de résidu. Il ne contient pas d'azote. Les analyses élémentaires de cet acide ont fourni les résultats suivants : I. 0,1741 gr. de substance ont fourni 0,4617 gr. d'anhydride carboni- que et 0,1691 d'eau, correspondant respectivement à 72,32 0/0 de carbone et 10,79 0/0 d'hydrogène. II. 0,2605 gr. de substance ont fourni 6901 gr. d'anhydride carboni- que et 0,2539 gr. d'eau, correspondant respectivement à 72,24 0/0 de car- bone et 10,82 0/0 d'hydrogène. III. 0,2000 gr. de substance ont fourni 0,5309 gr. d'anhydride carbo- nique et 0,1931 gr. d'eau, correspondant respectivement à 72,39 0/0 de car- bone et 10,72 0/0 d'hydrogène. Ces résultats nous permettent de donner à l'acide subérinique la for- mule empirique C^Hj^Oj. CALCULE POUR TROUVE MOYENNE CnHjoOj I II III C • 72,35 72,32 72,24 72,39 72, 3i H 10,63 10,79 10,82 10,72 10,78 17,02 16,89 16,94 16,89 16,91 ■ 100,00 ioo,oo 100,00 100,00 100,00 Lorsqu'on chauffe l'acide subérinique à l'abri de l'air, il devient d'abord liquide, mais peu à peu il perd de sa fluidité et finalement il se transforme en un corps solide, transparent, élastique. go Eugène GILSON Cette ti-ansformation se fait plus ou moins rapidement suivant la tem- pérature à laquelle on chauffe. Elle s'opère déjà bien de loo"- — 125°; beau- coup plus rapidement de 160° — 170°. Ce corps est insoluble dans l'eau, l' alcool, l'éther, l'éther de pétrole, le chloroforme, même bouillant. Dans ce dernier liquide il se gonfle à la façon de la gélatine dans l'eau. Après avoir extrait ce produit par le chloroforme bouillant, pour lui enlever l'acide non modifié qu'il pouvait encore contenir, nous en avons fait l'analyse élémentaire. Voici les résultats de ces analyses : I. 0,2840 gr. de substance ont fourni o,7530 gr. d'anhydride carbo- nique et 0,2755 gr. d'eau, correspondant respectivement à 72,31 0/0 de car- bone et 10,77 0/0 d'hydrogène. II. 0,1899 gr. de substance ont fourni 0,5025 gr. d'anhydride carbo- nique et 0,1822 gr. d'eau, correspondant respectivement à 72,16 0/0 de car- bone et 10,66 0/0 d'hydrogène. La composition centésimale de l'acide subérinique ne s'est pas modifiée ainsi que le montre la comparaison des chiffres ci-dessous. MOYENNE 72,23 10,72 17,05 CALCULE POUR TROUVE CnHjoOj " I "^ II C 72,35 72,31 72,16 H 10,63 10,77 10,66 17,02 16,92 17,18 100,00 100,00 100,00 100,00 Il est donc probable que sous l'influence de la chaleur l'acide subéri- nique subit, soit une modification isomérique, soit une polymérisation. Subérinate de potassium. Pour préparer le sel de potassium, on dissout l'acide dans l'alcool ab- solu, on additionne la solution de carbonate de potassium sec en poudre fine, et on la fait bouillir dans un appareil à reflux, jusqu'à ce que tout dégagement d'anhydride carbonique ait cessé. Après refroidissement du liquide, on le filtre, on l'évaporé au bain-marie et finalement on fait sécher le résidu d'évaporation. Ce sel est très soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'éther. Les solutions ont une réaction alcaline. Chauffé sur une lame de platine, il fond, brûle et abandonne un résidu de carbonate de potassium. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 91 0,8485 gr. du sel ont fourni 0,2418 gr. de sulfate de potassium, corres- pondant à 12,07 0/0 de métal. CALCULÉ POUR CjjHjgOJv TROUVÉ 12,18 0/0 12,07 0/0 Siibérinate de baryum. On prépare ce sel par l'addition du chlorure de baryum à une solution aqueuse de subérinate de potassium. Le précipité obtenu est jeté sur un filtre, lavé à l'eau, puis séché. 0,3578 gr. du sel ont fourni 0,1185 gr. de sulfate de baryum, corres- pondant à 19,44 0/0 de métal. CALCULÉ POUR {C^,}:l^.,0^\^a TROUVÉ 19,59 0/0 19,44 Subérinate d'argent. On obtient ce sel par précipitation d'une solution desubérinate de potas- sium par une solution d'azotate d'argent. Il s'altère rapidement à la lumière en prenant une teinte violette, puis brune. Sels de calcium, de magnésium et de plomb. Ces sels sont insolubles dans l'eau et s'obtiennent par double décom- position, comme les précédents. Acide phloïonique. Ce corps se présente sous la forme de fines aiguilles blanches, cristallines, inodores, insolubles dans l'eau froide, un peu solubles dans l'eau bouillante. Par refroidissement du liquide tout l'acide dissous se précipite en petits cristaux. Il est soluble dans l'alcool, très peu dans l'éther et le chloroforme. L'acide phloïonique fond entre 120-121°. Chauffé sur une lame de platine, il brûle sans laisser de résidu. Les analyses élémentaires que nous avons faites du produit séché pendant quelques jours dans l'exsiccateur à acide sulfurique, ne correspondaient pas entre elles. La proportion de carbone allait en augmentant; tandis qu'au départ nous trouvions environ 6 1 0/0 de carbone, après quelques analyses nous en trouvions de 62 à 63 0/0. y2 Eugène GILSON D'autre part une partie de l'acide séchée entre loo et no, puis analysée, nous a fourni plus de 63 0/0 de carbone, de même qu'une autre partie desséchée pendant plusieurs semaines en pi-ésence de l'acide sulfurique concentré. Néanmoins, comme la proportion de métal contenue dans le phloïonate de baryum était supérieure à la quantité exigée par le sel d'un acide contenant 63 0/0 de carbone, tandis qu'elle correspondait à la quan- tité requise par le sel d'un acide renfermant de 60 à 61 0/0 de carbone, il est probable que, déjà en présence de l'acide sulfurique concentré à froid, deux molécules de cet acide perdent une molécule d'eau. C'est pourquoi nous lui avons donné pour formule empirique CnH^iO^. Nous manquions de substance pour pouvoir faire une étude plus approfondie de ce corps, qui ne présentait du reste pour nous qu'un intérêt secondaire. A. Produit séché pendant quelques jours en présence de l'acide sulfurique concentré. I. G, 1380 gr. de la substance ont fourni 0,3090 d'anhydride carbonique et 0,1224 gi"- d'eau, correspondant respectivement à 61,06 0/0 de carbone et 9,85 0/0 d'hydrogène. II. o,382ogr. delà substance ont fourni 0,8768 d'anhydride carbonique et 0,3362 gr. d'eau, correspondant respectivement à 62,59 0/0 de carbone et 9,77 0/0 d'hydrogène. III. 0,2630 gr. de la substance ont fourni 0,6073 gr. d'anhydride carbonique et 0,2340 d'eau, correspondant respectivement à 62,97 0/0 de carbone et 9,880/0 d'hydrogène. CALCULE POUR TROUVE c -nH.,0, I II III c 60,83 61 ,06 62,59 62,97 H 9,68 9 85 9,77 9,88 29,49 28 ,09 27,64 27,15 ] 00,00 100 00 100,00 100,00 B. Produit séché à ioo°-i 10°. I. 0,1928 gr. de substance ont fourni 0,4480 d'anhydride carbonique et 0,1722 gr. d'eau, correspondant respectivement à 63,37 0/0 de carbone, et 9,92 0/0 d'hydrogène. C . Produit séché pendant plusieurs semaines en présence de l'acide sulfurique concentré. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 93 II. 0,1900 gr. de substance ont fourni 0,4401 gr. d'anhydride carbo- nique et 0,1702 d'eau, correspondant respectivement à 63,17 0/0 de cai"- bone et 9,95 0/0 d'hydrogène. III. 0,1651 gr. de substance ont fourni 0,3835 gi". d'anliydride carbo- nisue et 0,1461 gr. d'eau, correspondant respectivement à 63,350/0 de car- bone et 9,830/0 d'hydrogène. MOYENNE 63,29 9,90 26,81 CALCULE POUR TROUVE CjjH^^O, I II III C 63,46 63,37 63,17 63,35 H 9,62 9,92 9,95 9,83 26,92 26,71 26,88 26,82 100,00 1D0,00 100,00 100,00 100,00 Phloïonate de potassium. On peut préparer ce sel en ajoutant une solution alcoolique de potasse caustique à une solution alcoolique de l'acide. Le sel de potassium se pré- cipite ; on jette le précipité sur un filtre, on le lave à l'alcool absolu et on le sèche. Corps blanc, très soluble dans l'eau, très peu dans l'alcool. Phloïonate de baryum. On l'obtient en précipitant une solution alcoolique de l'acide par l'acé- tate de baryum. On lave le précipité à l'eau et à l'alcool, puis on le sèche. Corps blanc insoluble dans l'eau et dans l'alcool. 0,1601 gr. de ce sel ont fourni 0,0659 gr. de sulfate de baryum, corres- pondant à 24,16 0/0 de métal. CALCULÉ POUR {C^^Yl^J^ ^)^^a TROUVÉ 24,07 24,16 0/0 Phloïonate d'argent. Pour préparer ce sel on ajoute avec précaution une solution aqueuse d'acétate d'argent à une solution alcoolique de l'acide. On lave le précipité, qui s'est formé, à l'eau et à l'alcool, et on le sèche; à l'abri de la lumière, le sel est blanc; exposé à la lumière, il devient rapide- ment violacé, puis brun; conservé à l'abri de la lumière, il ne s'altère pas. Il est insoluble dans l'eau et dans l'alcool. 94 Eugène GILSON Phloïonate de magnésium. Lorsqu'on ajoute une solution alcoolique d'un sel de magnésium à une solution alcoolique de l'acide, le liquide reste clair; ce n'est qu'après quel- ques heures qu'il se forme un précipité cristallin de sel de magnésium. Détermination quantitative des différents acides contenus dans le liège du Quercus suber. Il nous serait impossible d'indiquer d'une façon exacte, dans quelle proportion les différents acides que nous en avons extraits, sont contenus dans le liège du Quercus suber. Mais comme nous traiterons le liège de VUhnus suber osa de la même façon que celui du Quercus suber, les résultats seront comparables; c'est là l'essentiel. Nous avons obtenu par la potasse en solution alcoolique 44 0/0 d'aci- des bruts. Les sels de potassium insolubles dans l'alcool alcalin à froid nous ont fourni 8 0/0 d'acide phellonique impur. Les sels de potassium solubles dans l'alcool alcalin à froid nous ont donné 36 0/0 d'acide subérinique impur. Quant à l'acide phloïonique, nous ne l'avons trouvé qu'en très petite quantité. IL AlNALYSE DU LIÈGE DE l'UlMUS CAMPESTRIS, VAR. SUBEROSA. Nous avons choisi ce liège comme terme de comparaison de préférence à tout autre, parce qu'il se laisse facilement séparer de l'écorce et surtout parce que le microscope permet de constater qu'il présente un tissu subé- reux pur; tandis que le liège du Quercus suber contient toujours, à côté de cellules subéreuses avec cristaux de cérine, un grand nombre de cellules scléreuses, qui renferment en abondance des matières brunes rougeàtres mal déterminées. Ayant traité le liège de VUlmus suberosa de la même façon que le liège du Quercus subçr, c'est-à-dire par le procédé indiqué p. 78 et suivantes, nous pouvons nous borner à exppser succinctement les résultats de cette analyse. Nous avons obtenu deux acides bien différents; l'un solide, cristallin, fondant de 95° — 96", l'autre restant mou à la température ordinaire. L'acide fondant de 95° — 96° est soluble dans l'alcool, l'éther, le chlo- roforme bouillant et cristallise en houppes par refroidissement de ses solu- tions. Son sel de potassium est insoluble dans l'eau. I LA SUBERINE ET LES CELLULES DU LIEGE 95 Son sel de baryum, préparé comme le phellonate de baryum, contient : 0,1056 gr. du sel ont fourni 0,0286 gr. de sulfate de baryum, corres- pondant à 0,1592 0/0 de métal. Cette proportion est équivalente à celle qui est exigée par le phellonate de baryum, ainsi que le montre la comparaison des chiffres suivants : CALCULÉ POUR {C.^Ji^^O^\Ba TROUVÉ 16, 2 1 0/0 15,93 0/0 Une petite portion de cet acide, additionnée d'une solution alcoolique très diluée d'iode, puis d'acide sulfurique concentré, se colore en rose violacé. Ce corps est donc identique à l'acide phelloniqiie retiré du liège du Qiicrcus subev. L'acide, restant mou à la température ordinaire, est insoluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, même à froid, in- soluble dans l'éther de pétrole. Ses sels de potassium et de sodium sont très solubles dans l'eau et dans l'alcool. Le sel de baryum de cet acide, préparé par précipitation de son sel de potassium par le chlorure de baryum, comme nous l'avons indiqué pour le sel correspondant de l'acide subcriniqiie, a été soumis à l'analyse : o,i942gr. du sel ont fourni 0,0634 gr. de sulfate de baryum, corres- pondant à 19,19 0/0 de métal, proportion équivalente à celle qui est exigée pour le subérinate de baryum, ainsi qu'on peut s'en assurer par la compa- raison des chiffres ci-dessous : CALCULÉ POUR ( Ci^H^gOgl^Bcî TROUVÉ 19,590/0 19,190/0 Comme on peut le remarquer, la quantité de baryum que nous avons trouvée dans ces deux dernières analyses, est un peu inférieure à la quantité qui est exigée par la théorie ; nos résultats ne concordent pas aussi bien que lors des analyses des sels des acides extraits du liège du Qiiercits siibe?'. Cela provient de ce que nous avions alors de grandes quantités d'acides, que nous pouvions aisément purifier; tandis que VUlmus snberosa ne nous a fourni que de très petites quantités d'acides, dont la purification a été bien plus difficile. Nous ne pourrions affirmer que le liège de VUlmus snberosa contient de la glycérine; il nous a été impossible d'obtenir une réaction nette nous permettant de conclure avec certitude à la présence de ce corps dans la petite quantité de liquide que nous avons obtenue, en suivant la méthode indiquée page 81. Nous n'avons pas retrouvé d'acide phlo'ïonique. i3 96 Eugène GILSON Détermination quantitative des acides contenus dans le liège de ruimus suberosa. Ce liège nous a fourni 8,50 0/0 d'acides brats, dont nous avons retiré 2 0/0 d'acide phellonique impur (sels de potassium insolubles dans l'alcool alcalin à froid) et 6,50 0/0 d'acide siibériniqiie impur (sels de potassium solubles dans l'alcool alcalin à froid). Le liège de VU/ mus suberosa doit donc renfermer beaucoup moins de subérine que le liège du Quercus suber. Conclusions de la partie chimique. Nous pouvons résumer comme il suit les principaux résultats obtenus jusqu'ici. I. Analyse du liège du Quercus suber. Nous avons confirmé l'existence de l'acide phellonique. Parmi les sels que nous avons préparés, signalons comme particulièrement intéressant le sel de potassium qui se gonfle dans l'eau et se colore en rose violacé ou rouge cuivreux sous l'action flu chlorure de zinc iodé. L'acide phellonique prend une coloration identique, principalement sous l'action de l'iode et de l'acide sulfurique concentré. Nous avons aussi obtenu un anhydride de cet acide. En outre, nous avons retiré de ce liège deux acides nouveaux que nous désignons en attendant que leur constitution chimique soit établie, sous les noms d'acide subérinique et phloïonique. Sous l'action de la chaleur, et sans que leur composition centésimale soit changée, l'anhydride phellonique ainsi que l'acide subérinique subissent une modification qui les rend insolubles dans les dissolvants neutres. IL Analyse du liège de l'Ulnnis suberosa. Nous avons démontré que ce liège contient les deux acides principaux que nous avons ti"ouvés dans le liège du Quercus suber, à savoir les acides phellonique et subérinique, mais en quantité beaucoup moindre. Nous n'y avons pas retrouvé d'acide phloïonique. Les acides phellonique et subérinique jouent, sans aucun doute, un rôle important dans la formation de la subérine. On les obtient en si grande quantité après l'action si peu prolongée de la potasse caustique diluée, qu'on peut admettre que leur constitution chimique n'est pas modifiée. LA SUBERINE ET LES CELLULES DU LIEGE 97 Quant à l'acide phloïoniquc, nous ne pourrions affirmer qu'il entre comme tel dans la composition de la subérine. En effet nous ne l'avons retrouvé qu'en très petite quantité, et seulement vers la fin des différentes manipulations que nous avons fait subir au tissus subéreux, de sorte qu'il n'est pas impossible que cet acide soit un produit de transformation, d'oxy- dation par exemple, ou bien d'un élément constitutif de la subérine, ou bien d'un tout autre corps contenu dans le liège. La composition centési- male de l'acide phloïonique plaide, du reste, en faveur de cette hypothèse; il est beaucoup plus oxygéné et moins carboné que les acides phellonique et subérinique. Certains faits, observés au cours de nos recherches, nous ont amenés à penser que l'action de la potasse caustique sur le liège fournit encore d'autres, acides que ceux dont nous avons parlé, peut-être de l'acide stéari- que (1). Nous n'avons pas fait jusqu'ici de recherches spéciales à ce sujet; c'est un point dont nous nous réservons de faire l'étude en même temps que celle de la forme sous laquelle la glycérine existe dans le liège. DEUXIÈME PARTIE. ÉTUDE MICROGRAPHIQUE DU LIÈGE. Nous ne considérons pas comme complets les résultats de l'analyse à laquelle nous avons soumis la subérine, et nous ne regardons pas comme terminée l'étude des corps que nous avons isolés. Néanmoins, nous avons pensé que, les données nouvelles, acquises par nos recherches, étaient susceptibles d'applications à l'étude du tissu que cette substance caractérise. Nous avons dit que, d'après von Hôhnel, la membrane des cellules" subéreuses n'est pas homogène; elle est formée de plusieurs lamelles con- centriques dont la composition chimique n'est pas identique. Il distingue dans la clpison qui sépare deux cavités cellulaires voisines, cinq couches particulières, à savoir : 1'^ Une lamelle commune aux deux cellules voisines (lamelle moyenne, Mittellamelle). Elle est composée de lignine; 2° Deux lamelles de subérine; (') KÛGLER ; Loc cit. 98 Eugène GILSON 3° Deux lamelles de cellulose, tapissant du côté interne la paroi de la cavité cellulaire. Ces dernières seraient ordinairement lignifiées. La lamelle moyenne et la lamelle subéreuse, outre la lignine et la su- bérine, contiendraient de la cellulose (Cellulosegrundlage). Telle est, d'après cet auteur, la constitution générale de la paroi des cellules subéreuses. Il admet toutefois des exceptions. Nous avons dit aussi que Van Wisselingh pense, au contraire, que la lamelle subéreuse ne contient pas de base cellulosique. Muni de données chimiques un peu plus précises sur la composition de la subérine, nous avons repris, dans le but de les contrôler, les recherches de ces deux auteurs. Voici les principaux résultats de cette étude. I. Liège du Qiiercits siiIkt. A. Tissu à l'état naturel. Les cellules subéreuses du Quercus subcr sont bien connues. Elles sont grandes, régulières, à paroi mince, et d'épaisseur égale sur toutes les faces, ou peu s'en faut. C'est à grande peine qu'on peut y distinguer une larrielle moyenne et deux lamelles subéreuses adjacentes. Cela n'est possible qu'en certains endroits. Le chlorure de zinc iodé colore toute l'épaisseur de la paroi en jaune. La phloroglucine et l'acide chlorhydrique lui donnent une coloration rouge uniforme. Il n'est pas possible d'y distinguer la lamelle moyenne, ce qui paraît dû aux jeux de lumière qui y gênent l'observateur, quelle que soit la minceur de la coupe. Rappelons que ces cellules contiennent presque toutes des cristaux de cérine; ceux-ci ont la forme de bâtonnets et d'aiguilles parfois très longues; ils sont toujours accolés à la face interne de la membrane. Des séries de cellules scléreuses, imprégnées de matières brunâtres, se rencontrent dans le liège. Notons aussi la présence de couches de cellules à membranes beaucoup plus épaisses que celles qui constituent la grande masse du tissu; elles sont d'ordinaire bien préférables à ces dernières pour l'étude de la membrane. B. Liège traite par le chloroforme. Le liège complètement extrait par le chloroforme bouillant ne diffère du liège naturel que par l'absence de cérine ; l'aspect de la paroi n'est pas modifié. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 99 S'il était vrai, comme le veut Kugler, que, par l'extraction au moyen du chloroforme, on enlève à la lamelle subéreuse une certaine quantité de subérine, et que c'est la cellulose interposée qui empêche une action plus profonde du dissolvant, il devrait y avoir une certaine quantité de cellulose mise à nu, et on devrait pouvoir la découvrir au moyen du chlorure de zinc iodé. Or, tel n'est pas le cas; la membrane traitée par ce réactif se colore entièrement en jaune. C. Liège traité par le carbonate de sodiitm. Si l'on examine du liège qui a été soumis à une ébuUition prolongée dans une solution concentrée de carbonate de sodium, on remarque au milieu des cellules, une membrane plus ou moins chiffonnée et d'épaisseur variable. 'C'est la lamelle de subérine qui s'est détachée de la lamelle moyen- ne. Notre FiG. 1 représente un fragment de coupe intéressant une région à membranes minces, traitée de cette manière, puis lavée et colorée par la fuchsine diluée. Ce traitement donne à cette membrane beaucoup de netteté. Le chlorure de zinc iodé la rend aussi très apparente, il la colore en jaune. Pour la facilité du dessin, nous l'avons toujours figurée en coupe op- tique, bien qu'on puisse l'observer de face avec la plus grande facilité, quand elle est colorée. Ce traitement suffisamment prolongé donne de fort belles préparations ; il enlève les matières colorantes brunâtres qui imprègnent en quantité plus ou moins forte les cellules subéreuses et surtout les îlots scléreux. D. Liège traité par la potasse caustique en solution aqueuse (40 0/0) à froid. Après avoir fait macérer une coupe de liège pendant plusieurs heures dans une solution aqueuse concentrée de potasse caustique, l'avoir lavée soigneusement, et traitée par le chlorure de zinc iodé, on observe que la lamelle subéreuse se colore plus ou moins rapidement en rose violacé, ou en rouge cuivreux. Cette teinte, ainsi que l'avait déjà fait remarquer Van Wisselingh, est toute différente de la teinte bleue que prend dans ce cas la cellulose. Si, après avoir traité les coupes par la solution de potasse, on les extrait par l'alcool bouillant, avant de les soumettre à l'action du chlorure de zinc iodé, la coloration rose ne se produit plus. 100 Eugène GILSON E. Liège traité par la potasse caustique en solution aqueuse (40 0/0) à chaud. Lorsqu'on soumet des coupes de liège à l'action delà potasse en solution aqueuse, en les chauffant' pendant un instant avec beaucoup de ménage- ments, on obtient des résultats analogues à ceux que fournit le traitement au carbonate de sodium. Néanmoins, la séparation est moins nette et les la- melles subéreuses sont déchirées, à demi désagrégées; de plus, le chlorure de zinc iodé ne les colore pas en jaune mais en rose. En traitant ces mêmes coupes pendant quelques instants à l'ébuUition, on trouve les lamelles subéreuses complètement désagrégées et en grande partie dissoutes; il reste un carrelage formé par la lamelle moyenne lignifiée, contenant dans ses cases le restant de la lamelle subéreuse. Sur les bords de la coupe et là où les lamelles sont déchirées, les cases sont vides. La phloroglucine et l'acide chlorhydrique colorent ce réseau en rouge ou en rose, suivant que l'action de la potasse a été plus ou moins prolongée. Le chlorure de zinc iodé le colore en jaune, à moins que l'action de la potasse ait été fort prolongée ; dans ce cas une partie de la lignine a été décomposée, avec- mise en liberté de cellulose, et le réseau prend une teinte bleu sale. Par l'action de ce môme réactif, les restes de la lamelle subéreuse emprisonnés dans les mailles du réseau se colorent en rose. Si, avant de faire agir le chlorure de zinc iodé, on extrait les coupes par l'alcool bouillant, la coloration rose ne se produit plus. Bornons-nous à constater ce fait dont nous fournirons l'explication plus loin. Dans les cellules à parois épaisses, on peut distinguer après l'action du chlorure de zinc iodé, la lamelle moyenne colorée en jaune, la lamelle subéreuse en rose, et la lamelle interne(i) en jaune ou en bleu sale, suivant que l'action de la potasse caustique a été plus ou moins prolongée. F. tLiège traite par la potasse en solution alcoolique à chaud. Au lieu d'employer une solution aqueuse de potasse, si l'on fait bouillir les coupes dans une solution alcoolique à 3 0/0, et si l'on traite ensuite à l'eau pour enlever les matières colorantes qui forment avec les alcalis des combinaisons insolubles dans l'alcool, on obtient encore un carrelage formé par la lamelle moyenne des cellules subéreuses. (i; LameUc interne. Nous préférons cette expression au terme lameUe eelluhsique (Cellulose- schlauch de von Hûhnel), parce que, dans la plupart des lièges, et notamment dans ceux qui nous occupent, cette lamelle est lignifiée. LA SUBERINE ET LES CELLULES DU LIEGE lOl Ce carrelage se colore encore en rouge pâle sous l'influence de la phlo- roglucine et de l'acide chlorhydrique. Ces résultats sont comparables à ceux que fournit la potasse en solution aqueuse ; mais les coupes traitées par le chlorure de zinc iodé présentent un aspect tout différent. Ce réactif colore le carrelage en jaune, mais il ne fournit plus, même dans le milieu de la coupe, la coloration rose violacé, que nous avons signalée dans le cas pré- cédent. Ce fait aussi trouvera son explication plus loin. Comme le montre la fig. 2, les coupes ainsi traitées sont très claires, et ne laissent absolument voir aucun détail en dehors de la lamelle moyenne. G. Liège traité par l'acide nitrique et le chlorate de potassium. C'est le procédé classique de dissociation des cellules, connu sous le nom de macération de Schuit{. La FIG. 5 représente une coupe soumise à l'ébullition sur le porte-objets, dans une goutte d'acide nitrique additionnée de chlorate de potassium. On a eu soin d'opérer avec beaucoup de précautions, et de laver la préparation à l'eau avant que la réaction soit complète. La partie supérieure du dessin parait contenir des cellules subéreuses peu modifiées et simplement écartées les unes des' autres, tout en conservant leurs positions relatives. Dans le bas du dessin, au contraire, on remarque quelques cellules entièrement dégagées. En réalité, ces capsules ne représentent pas autre chose que l'enveloppe subéreuse des cellules. La lamelle moyenne, qui est riche en lignine, a été dissoute d'une façon plus ou moins complète. On voit dans le haut du dessin quelques restes encore lamellaires, au milieu d'une substance d'aspect granuleux, qui résulte de sa désagrégation. Dans le bas, au contraire, la dissociation est complète, et les capsules subéreuses nagent librement dans le liquide. En faisant arriver le chlorure de zinc iodé sur une coupe de ce genre, après lavage soigné, on voit les restes de la lamelle moyenne se colorer en jaune et à certains endroits en bleu sale. Les c^ipsules subéreuses se colorent en jaune. Si, après l'action de l'acide nitrique et du chlorate de potassium, on fait agir pendant quelques instants la potasse en solution aqueuse, puis, après lavage, le chlorure de zinc iodé, les restes de la lamelle moyenne se colorent en bleu, et les lamelles subéreuses en rouge cuivreux. Dans les cellules à paroi épaisse, on peut de plus voir la lamelle interne colorée en bleu. 102 Eugène GILSON I II. Liège de l'Ulmiis campestn's, var. suberosa. Le tissu du liège de VUlmus suberosa est constitué de cellules à parois minces, régulières, plus grandes que celles du tissu subéreux du Qiiercus suber. On y distingue certaines couches de cellules à membrane beaucoup plus épaisse. Les cellules scléreuses y font défaut. Lorsqu'on traite une coupe de ce tissu par le chlorure de zinc iodé, il se colore entièrement en jaune, exactement comme les coupes du Qiiercus suber. De même, par la phloroglucine et l'acide chlorhydrique la membrane cellulaire se colore en rouge vif. Ce tissu semble donc ne pas contenir de cellulose libre. L'action de la potasse aqueuse sur ce liège est intéressante. Les cel- lules à parois minces qui forment sa grande masse, ne paraissent pas modifiées après ébullition dans cette solution ; et, lorsqu'on les traite par le chlorure de zinc iodé, on est frappé de constater la présence, sous la lamelle moyenne jaune, d'une lamelle bleue, semblable à la lamelle interne du Qiiercus suber. La lamelle subéreuse semble donc y faire défaut, ou tout au moins y être très mince. Au contraire, les cellules à parois épaisses présentent une membrane subéreuse assez' puissante, colorée en rose violacée, et tapissée elle-même d'une membrane -interne colorée en bleu. Ces résultats concordent avec ceux de l'analyse chimique du tissu subéreux de YUlmiis; si les cellules fortement épaissies possèdent seules une lamelle subéreuse, la quantité de subérine contenue dans ce liège doit être extrêmement faible. --o"- III. Examen microscopique des cristaux de phellonate de potassium. Ce sel ayant une grande importance au point de vue des caractères microchimiques des tissus subéreux, nous avons jugé utile d'en faire une étude spéciale. Les FiG. 6 à 11 représentent diverses formes de cristaux. La forme fondamentale parait être celle de lamelles elliptiques; la fig. il en repré- sente quelques-unes. C'est surtout au début de la cristallisation sur porte- objets que nous les avons rencontrées. Mais elles se modifient rapidement; les formes irrégulières de la fig. 7 apparaissent bientôt. A mesure que le porte-objets se refroidit, on voit ces lamelles grandir et surtout se grouper; elles forment parfois des rosettes semblables à la fig. 8, surtout quand elles atteignent un certain volume. Mais très souvent les molécules montrent une LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE 103 tendance à se grouper autour d'un grand nombre de centres, et il se forme alors des dendrites composées de fines lamelles ou aiguilles, souvent courbes, fig. 6. La FIG. 9 représente deux sphéro-cristaux obtenus par le refroidisse- ment d'une assez grande quantité d'une solution de phellonate dans un cris- tallisoir, et non sur porte-objets. Ils présentent une structure radiée qui est parfois d'une telle finesse qu'il faut d'excellents objectifs pour la distinguer. Ces caractères morphologiques des cristaux ne présentent pas pour nous un bien grand intérêt; mais il est deux de leurs propriétés qui sont plus intéressantes et plus importantes au point de vue qui nous occupe. C'est la propriété qu'ils possèdent de se gonfler par l'eau sans s'y dissoudre, et celle de se colorer d'une façon toute spéciale par le chlorure de zinc iodé. En faisant arriver de l'eau sur un sphéro-cristal mis au point au mi- croscope, on le voit subir presque brusquement une dilatation souvent énorme, mais qui varie notablement d'un cristal à l'autre. Les fig. 8 et 10 représentent le même groupe de deux sphéro-cristaux soudés, dessinés à la chambre claire, sous le même grossissement, avant et après l'action de l'eau. Le petit s'est gonflé proportionnellement beaucoup plus que le gros; il s'est même produit plusieurs crevasses à sa superficie, phénomène qui se pré- sente souvent. Ce gonflement des cristaux n'est pas suivi de dissolution ; le phellonate de potassium est insoltible dans l'eau. Traités par le chlorure de zinc iodé, les cristaux de phellonate pren- nent une coloration rose violacé, qui passe ensuite au rouge cuivreux. Cette coloration est identique à celle que prennent les lamelles subéreuses des cellules du liège. L'eau décolore rapidement ces cristaux. Nous avons examiné aussi l'action du chlorure de zinc iodé sur le phel- lonate de cuivre ; il ne possède pas la propriété de se colorer en rose violacé par le chlorure de zinc iodé, il prend une coloration jaune brun, peu carac- téristique. L'acide phellonique présente la même réaction que le phellonate de potassium, quoique avec moins de netteté. Les acides subérinique et phlo'ionique ne prennent pas de coloration sous l'action de ce réactif. Les sphéro-cristaux de phellonate de potassium agissent fortement sur la lumière polarisée; ils présentent une croix noire très grande, semblable à celle des grains de fécule. "4 104 Eugène GILSON L'interposition d'une lamelle de gypse y produit de splendides colora- tions d'interférence. Ces phénomènes sont surtout remarquables sur les sphéro-cristaux gonflés par l'eau aussitôt après l'arrivée de ce liquide; mais après quelques temps ils s'évanouissent complètement REMARQUES ET CONCLUSIONS. . La comparaison et l'étude attentive des faits que nous avons exposés dans les pages précédentes nous ont suggéré une série de remarques et de déductions, que nous présenterons au lecteur sous forme de thèses, en indi- quant brièvement les raisons qui nous permettent de les énoncer. Première thèse. — La coloration. produite par le chlorure de {inc iode' dans la lamelle subéreuse, traitée au préalable par la potasse caustique en solution aqeuse, est due à la présence du phellonate de potassium. En voici quelques preuves. 1° Le phellonate de potassium traité par le chlorure de zinc iodé prend une coloration rose violacé qui passe au rouge cuivreux, exactement semblable à celle que prennent les restes de la lamelle subéreuse traitée par la potasse en solution aqueuse. 2° Traités- par l'eau, les cristaux de phellonate se décolorent assez rapidement ; les membranes, traitées successivement par la potasse en solu- tion aqueuse et le chlorure de zinc iodé, perdent également leur coloration dans l'eau. 3" Si l'on traite une coupe par la potasse en solution alcoolique à chaud, il se forme, comme par la potasse en solution aqueuse, du phellonate de potassium aux dépens de la subérine; mais ce sel étant très soluble dans l'alcool chaud, les membranes subéreuses disparaissent rapidement et com- plètement; le restant de la coupe ne comprend que des alvéoles limitées par la lamelle moyenne lignifiée, alvéoles qui sont complètement vides et dans lesquelles le chlorure de zinc iodé ne colore plus rien. De même, lorsqu'on lave à l'alcool bouillant une coupe traitée au préalable par la potasse en solution aqueuse, on n'obtient plus de coloration avec le chlorure de zinc iodé; ce qui s'explique facilement si l'on admet que cette dernière réaction des membranes subéreuses est due au phellonate de potassium insoluble dans l'eau mais soluble dans l'alcool chaud. Cette preuve nous paraît péremptoire. Remarquons en effet que les membranes non subéreuses, auxquelles le chlorure de zinc iodé donne une coloration jaune, I k I LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIEGE 105 bleu OU violacée, etc., prennent encore cette coloration après qu'on les a traitées par l'alcool bouillant. Ces teintes sont dues à des corps insolubles dans l'alcool. Il faut donc considérer comme une réaction microchimique caractéri- stique de la subérine la coloration rouge-violacé qui se produit après l'action de la potasse et du chlorure de zinc iodé, mais qui ne se montre plus si avant de faire agir ce dernier réactif on traite l'objet par l'alcool bouillant. Deuxième thèse. — Contrau'ement à Fopinion de von Hôhnel, la lamelle subéreuse, au moins chei le Quercus suber et /'Ulmus suberosa, ne contient pas de cellulose en quantité appréciable. En effet : 1° Le chlorure de zinc iodé, après l'action de la potasse en solution aqueuse,' colore cette lamelle en rose violacé, et non en bleu. Cette coloration nous a toujours paru absolument différente de celle des membranes cellu- losiques. C'est bien à tort, pensons-nous, que von Hôhnel attribue la teinte très légèrement violacée — mais bien plus rose que violacée — à la présence de la cellulose. Nous avons dit que cette teinte est identique à celle que prend le phellonate de potassium sous l'action du chlorure de zinc iodé. 2° Nous savons que le phellonate de potassium, auquel est due la coloration rose violacé, est soluble dans l'alcool. Si donc on traite par le chlorure de zinc iodé, une coupe préalablement chauffée dans une solution alcoolique de potasse, ou bien dans la potasse aqueuse, puis lavée à l'alcool, en un mot une coupe débarrassée de phellonate, les restes de la lamelle subéreuse, si celle-ci contenait de la cellulose, devraient se colorer en bleu. Or, ces restes se colorent en jaune; rien n'y décèle la présence de la cellulose. Les indices sur lesquels von Hôhnel se fonde pour admettre la pré- sence de la cellulose dans la lamelle subéreuse, sont loin d'être concluants. Après avoir traité les cellules par l'acide chromique ou la potasse caustique, il constate que ce qui reste de la lamelle subéreuse prend une coloration rouge violet (schôn und rein Roth violett mit Chlorzincjod zum Beweise des Cellulosegehaltes der-Suberinlamelle), qu'il attribue à la présence de la cellu- lose, dégagée sans doute par l'action de l'acide chromique, ou de la potasse. Cette conclusion manque de rigueur; en réalité, cette coloration n'est pas du tout la coloration caractéristique de la cellulose. Dans le cas du traitement par la potasse, elle est due au phellonate de potasse. Dans celui de l'acide chromique, elle est très probablement causée par l'acide phellonique libre, corps qui, lui aussi, prend une teinte rose violacé par le chlorure de zinc iodé. lo6 Eugène GILSON Il suffit, en effet, après l'action de l'acide chromique, de traiter les coupes par l'alcool bouillant pour que la coloration rose ne se produise plus. Mais VON HoHNEL a cherché à contrôler les données fournies par les deux modes de traitement, en tentant d'enlever la prétendue cellulose à l'aide du réactif de Schweitzer. Et, de fait, après l'action du réactif cuivri- que, le chlorure de zinc iodé ne donne plus aux restes de la lamelle subé- reuse la coloration rose violacé en question, mais seulement une coloration jaunâtre. Ce résultat au premier abord semble démonstratif et très favorable à la manière de voir de von Hôhnel. Mais en réalité il ne démontre ab- solument rien. La disparition de la coloration rose violacé après l'action de la solution cupro-ammonique s'explique très naturellement; en effet, cette action a pour résultat la formation d'un phellonate de cuivre qui n'a pas du tout les mêmes propriétés que le phellonate de potassium. Nous avons déjà dit que le chlorure de zinc iodé ne lui communique pas la coloration rose violacé, mais une coloration jaune brunâtre absolument différente et peu caractéristique. Il n'est donc pas étonnant que le chlorure de zinc iodé ne produise plus la coloration rose violacé après le réactif de Schweitzer, mais cela n'indique nullement la présence de la cellulose. Si cette substance existe dans la membrane subéreuse, ce ne peut être qu'en proportion infinitésimale. Troisième thcse. — Coiilrairemenl à l'opinion de divers auteurs, on ne peut considérer la subérine comme une graisse. Ainsi que nous l'avons dit dans notre aperçu historique, Chevreul, Payen, von Hôhnel considèrent la subérine comme un corps gras, ou une graisse. Kugler surtout se prononce catégoriquement dans ce sens : pour lui, la subérine est une graisse dans le sens exact du mot. C'est la présence de la glycérine, parmi les produits obtenus par l'au- teur au moyen de la potasse caustique sur le liège, qui lui fait adopter cette manière de voir. Malgré l'insolubilité du produit et quoicju'il ne soit nulle- ment démontré que la glycérine soit combinée aux acides subérogéniques, nous ne nous refusons pas à supposer que la glycérine fait partie de la com- binaison ou du mélange qu'on appelle subérine, et nous nous garderons d'affirmer que la subérine n'est pas un glycéride; cela est possible. Mais, quoi qu'il en soit, nous ne saurions accepter le terme graisse, que Kugler voudrait lui voir appliquer dans le sens exact du mot. En effet, i° la subérine est insoluble dans tous les dissolvants des graisses. LA SUBÉRINE ET LES CELLULES DU LIÈGE lO? 2° Elle est infusible ou peu fusible; on peut chauffer les lamelles subéreuses jusqu'à 290", sans apercevoir de fusion. Or, les graisses ont des points de fusion relativement bas : le tristéarate de glycéryle fond à 63°, les autres graisses ont des points de fusion ordinairement moins élevés. Mais pour expliquer comment il se fait que cette graisse ne se laisse pas enlever par le^ dissolvants ordinaires de ces corps, Kugler admet que dans la lamelle subéreuse les molécules de graisses sont enfermées feinge- schlossen liegen) entre les molécules de cellulose, et que celles-ci empêchent le dissolvant d'entrer en contact avec la graisse. Nous avons dit plus haut pour quelles raisons nous pensons qu'il n'y a pas de cellulose dans la lamelle subéreuse. Mais quand même il y en aurait, elle ne pourrait, eu égard à la façon dont se comporte la lamelle subéreuse, expliquer, l'insolubilité de la subérine, si celle-ci était une graisse dans le sens exact du mot. En effet, il est impossible de déceler dans la lamelle subéreuse, soit de la cellulose, soit de la graisse. On ne peut admettre que la cellulose et la graisse soient mélangées de telle façon que les molécules de cellulose empêchent les dissolvants et les réactifs d'agir sur la graisse, et que les molécules de graisse empêchent les dissolvants et les réactifs d'agir sur la'cellulose. L'un des deux corps doit l'emporter sur l'autre, on doit pouvoir le reconnaître. De plus, lorsqu'on traite le liège par une solution, même très diluée, de potasse caustique (réactif qui n'a pas d'action chimique sur la cellulose), on parvient rapidement à enlever toute la subérine. Pour que la cellulose puisse empêcher le dissolvant d'arriver jusqu'à la graisse, et que les molécules de graisse puissent être ainsi enfermées entre les molécules de cellulose, il faudrait que celle-ci prédominât dans la lamelle subéreuse; or cela n'est pas possible. En effet, le liège dn Quercus siiber fournit 44 0/0 d'acides subérogéniques. Ce même liège contient, d'après Fremy 12 0/0, d'après Kugler, 22 0/0 de cellulose (i). Même en admettant ce dernier chiffre comme exact, on comprendra facilement que la lamelle subéreuse, qui seule contient les acides subérogéniques, ne peut contenir que relativement peu de cellulose; et dans ces conditions il est impossible que ce corps empêche les dissolvants de dissoudre les graisses qui s'y trouveraient mêlées. (1) Ces chiffres sont certainement trop élevés. Par Taction des alcalis ces auteurs ont décomposé une partie de la lignine, et de la cellulose a été mise en liberté. Le liège du Qiiercus siibcr ne contient vraisemblablement pas de cellulose libre. lo8 Eugène GILSON Il est donc inadmissible que la lamelle subéreuse soit constituée d'un mélange de graisse et de cellulose. S'il y a mélange de cellulose et d'un autre corps, celui-ci doit être insoluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, etc. Pour nous, la subérine est ou bien un. mélange d'éthers composés, peu fusibles, insolubles dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, etc., ou bien un produit de combinaison, de condensation ou de polymérisation des acides subérogéniques ou de leurs dérivés. Nous avons, en effet, obtenu par la chaleur, tant sur l'acide subérinique que sur l'acide phellonique, des corps peu fusibles, insolubles dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, et se laissant inprégner par ce dernier liquide tout comme la subérine. Les acides subérinique et phellonique contiennent trois atomes d'oxy- gène. A côté de la fonction acide, ils en possèdent donc une autre; ils peuvent être alcool, aldéhyde, acétone, etc., ce qui fait entrevoir la possi. bilité de la formation de différents composés par éthérification, polyméri- sation, condensation, etc. Quoi qu'il en soit, que la lamelle subéreuse contienne de la cellulose ou n'en contienne pas, qne les acides subérogéniques s'y trouvent à l'état d'éther, composés ou sous toute autre forme, nous ne pouvons admettre que ce soit sous une forme soluble dans les dissolvants carbonés, et que la subérine soit une graisse dans le sens exact du mot. EXPLICATION DE LA PLANCHE Que?-cus siiber. FIG. 1. Coupe traitée par le carbonate de sodium, puis par le chlorure de zinc iodé. Les lamelles subéreuses se sont détachées de la lamelle moj'enne et plus ou moins chiffonnées dans l'intérieur de la cellule; elles étaient colorées en jaune. La lamelle interne, si elle existe dans ces cellules, a dû se laisser chiffonner avec la lamelle subéreuse; mais elle n'était pas visible. Im , lamelle moyenne; Is , lamelle subéreuse rétractée. FIG. 2. Coupe traitée par la potasse alcoolique à chaud. Les lamelles subé- reuses ont disparu; il ne reste qu'un carrelage formé par la lamelle moyenne, Im. FIG. 3. Coupe traitée d'abord par la macération de Schultz diluée et pendant un temps très court; puis par la potasse aqueuse à chaud et ensuite par le chlo- rure de zinc. iodé. La partie gauche de la figure correspond à une couche de cel- lules à membranes épaisses. On y distingue très nettement les trois enveloppes. L'enveloppe subéreuse est formée d'un certain nombre de feuillets emboîtés qui tous avaient pris la coloration rouge cuivré, caractéristique de la subérine. Dans cer- taines de ces cellules cette enveloppe était fort altérée; dans la cellule inférieure à gauche, par exemple, l'espace compris entre la lamelle interne et la lamelle moyenne ne contenait que des granules rougeàtres. La partie droite de la coupe correspond à du liège à membrane mince. On n'y voit rien que des restes de la membrane subéreuse, dans les alvéoles formées par la membrane moyenne. Partout la mem- brane moyenne était colorée en jaune — si l'acide nitrique avait agi plus longtemps, elle aurait pu devenir bleue. La lamelle interne présente une coloration bleue très caractéristique, li, lamelle interne; Im, lamelle moyenne; /5, lamelle subéreuse. FIG. 4. Gr. : obj. imm. homog., oc. 8. Coupe traitée par la potasse aqueuse à chaud, pendant peu de temps. Les membranes étaient extrêmement minces dans cette région ; aussi même avec l'objectif apochromatique à immersion homogène, la lamelle moyenne et la lamelle subéreuse se distinguaient elles fort difficilement. En certains points cependant, on voyait des lambeaux de cette dernière détachés de la lamelle moyene. Im, lamelle moyenne; Is, lamelle subéreuse; ce, cristaux de cérine. FIG. 5. Gr. : obj. 1/12, oc. 4. Coupe traitée quelques instants par la macération de Schultz. La réaction a été arrêtée avant d'être complète. Elle est complète dans la partie inférieure de la figure, où la lamelle moyenne est entièrement détruite. Les capsules de subérine se trouvent complètement isolées dans cette région. 110 Eugène GILSON Dans le haut de la figure la dissolution de la lamelle moyenne est incomplète ; il en reste des granules ou même des lambeaux encore nets. Im, restes de la lamelle moyenne; Is, lamelle subéreuse. FIG. 6. Gr. : obj. 1/12, oc. 4. Cristaux courbes de phellonate de potassium, groupés en dendrites. FIG. 7. Cristaux de phellonate de potassium, obtenus sur poite-objets par refroidissement d'une solution alcoolique additionnée de glycérine. FIG. 8. Cristaux analogues se groupant en rosettes. FIG. 9. Deux sphéro-cristaux soudés de phellonate de potassium, examinés dans l'alcool. FIG. 10. Les deux même sphéro-cristaux après l'addition d'une goutte d'eau. Ces deux dessins pris à la chambre claire, donnent une idée du gonflement que l'eau fait subir à ces corps. FIG. 11. Ciistaux aciculaires de phellonate de potassium. N. B. Tous ces cristaux étaient colorés en rouge cuivré par le chlorure de zinc iodé. BIBLIOGI^APHIE Brugnatelli Bouillon La Grange Fourcrojy Chevreul Chevreul Bussy Boussingault D'ôpping Mitscherlich Siewert Payen Mathieu Fr. von Hohnel Fremy et Ui-bain Kiigler Van Wisselingh Elementi di chimica, t. II, p. io6. Traduction allemande. Crells Annalen, B. I, 1787. Extrait de deux mémoires sur le liège. Annales de chimie, série I, tome XXIII, 1797. Système des connaissances chimiques, t. VIII, iSoi. De l'action de l'acide nitrique sur le liège. Annales de chimie, série I, t. 62, 1807. Mémoire sur le moyen d'analyser plusieurs matières végétales et le liège en particulier. Annales de chimie, série I, t. 96, i8i5. Journal de pharmacie, t. VIII, 1822. Journal de chimie médicale, de pharmacie, etc., série II, t. II, i836. Chemische Untersuchung der Rinde der Korkeiche. Annalen der Chemie und Pharmacie, B. 45, 1843. Ueber die Zusammensetzung der Wand der Pflanzenzelle. Annalen der Chemie und Pharmacie, B. 75, i85o. Zur Kenntniss der Korksubstance. Zeitschrift fiir die gesammten Naturwissenschaften, B. 3o, 1867. Comptes tendus, i"^ série, 1868. Flore forestière, 1877. Ueber den Kork und die verkorkten Gewebe ùberhaupt. Sitzungsberichte der Kais. Académie der Wissenschaften. Ab- theilung I, B. LXX,VI, 1877. Études chimiques sur le squelette des végétaux. Journal de pharmacie et de chimie, .5™'^ série, t. V, février, 1882. Ueber das Suberin. Inaugurale Dissertation der mathematischen und naturwissenschaftlichen Facultât der Universitat Strass- burg, 1884. Sur la paroi des cellules subéreuses. Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, t. XII, 4""^ livraison, 188S. i5 i TABLE DES MATIÈRES Introduction Aperçu historique . 67 68 PREMIÈRE PARTIE. I I Recherches chimiques. I. Analyse du liège du Querctis suber Essais préliminaires. Résultats Description du procédé d'analyse Tableau résumé Description et propriétés des acides subérogéniques, de leurs sels, etc Acide phellonique Anhydride phellonique Phellonate de potassium » de baryum » d'argent . Acide subérinique Subérinate de potassium » de baryum » d'argent . » de calcium magnésium, plomb Acide phloïonique Phloionate de potassium )i de baryum » d'argent . » de magnésium Détermination quantitative des différents acides contenus dans le liège du Qiiercus suber II. Analyse du liège de VUlmiis suberosa Procédé d'analyse. Résultats . Détermination quantitative des différents acides contenus dans le liège de l'Ulmiis suberosa. Conclusions de la partie chimique Analyse du liège de Qucrcus suber » de VUlmus suberosa. 77 77 78 82 83 83 85 87 88 88 89 90 91 91 9' 9' 93 93 9^ 93 94 94 94 96 96 gt) 96 114 Eugène GILSON DEUXIEME PARTIE. • Étude micrographique du liège. I. Liège du Qticrctis suber ...... A. Tissu à l'état naturel . . . . . B. Liège traité par le chloroforme . . C. » par le carbonate de sodium D. » par la potasse caustique en solution aqueuse à froid. E. » » » chaud F. » par la potasse en solution alcoolique à chaud , G. » par l'acide nitrique et le chlorate de potassium II. Liège de VUlmus campestris, var. suberosa III. Examen microscopique des cristaux de phellonafe de potassium Remarques et conclusions . Première thèse Deuxième thèse Troisième thèse Explication de la planche. Bibliographie 98 98 99 99 99 100 101 101 102 104 104 io5 106 109 1 1 1 'U^ G-Llsoi^,a.ci îLa.t «, mem- brane interne. On y distingue différents tronçons des filaments circulaires qui ont été coupés obliquement. FIG. 4. Portion de la membrane interne, vue de face ; grf, gros filaments appartenant peut être à un seul et même fil spirale ; pf, petits filaments unis par des trabécules obliques. FIG. 5. Autre aspect de la membrane dans la portion postérieure de la glande; tous les fils sont de force égale. FIG. 6. Même membrane — disposition plus irrégulière de son réticulum. FIG. 7. Coupe longitudinale dans la région productrice Dans le bas de la figure l'épi thélium a été arraché et séparé de la couche corticale ; grf, gros filaments de la membrane interne ; yrf, les mêmes filaments détachés de la membrane et pelotonnés; e, point où la substance corticale est à nu ; la membrane interne ne lui est pas restée adhérente ; elle se retrouve en face, sur la cellule épithéliale correspondante. FIG. 8. Tronçon de la paroi dans la portion pelotonnée de la partie produc- trice ; ms, membrane interne simple, avec ses filaments unis par de fines trabé- cules obliques. FIG. 9. Tronçon semblable. La membrane interne m, est restée intimement adhérente au contenu cylindrique. FIG. 10. Coupe longitudinale dans la portion productrice polotonnée; m, mem- brane interne ; e, enclaves piriformes logées dans le cytoplasme au voisinage de la membrane; ce, cylindre central; c^, couche pariétale. La substance corticale contient des corps sphéroïdaux ou oblongs qui paraissent formés de la même substance que la tige centrale du contenu. FIG. 11. Coupe longitudinale dans la paroi de la portion productrice d'une larve encoconnée depuis cinq jours ; mg, membrane interne encore intacte et sépa- rée du cytoplasme qui est en voie de dégénérescence; n, noyaux en dégénérescence; ils ont pris en tout ou en partie une apparence homogène ; v, vacuoles. PLANCHE III. Liparis dispar. Grossissemenis : fig. 1 et 2 : obj. i,'i2, oc. 4. FiG. 3 à 6 : obj. 1/12, oc .2. FiG. 7 : obj D, oc. 4. FiG. 8 à 11 : obj. D, oc. 2. Fig. 12 à 14 : obj. D, oc. 4. FIG. 1. Coupe transversale de la partie productrice d'une larve liée pendant 3 jours — sous la ligature ; ec, enclave dans le cytoplasme ; en, enclave dans le noyau ; tr, trachée. 178 Gustave GILSON Bombyx mort. FIG. 2. Coupe longitudinale radiale de la paroi de la portion productrice — larve prête à commencer son cocon ; b, bâtonnets de substance brillante , dans le cytoplasme; bc, bâtonnets semblables, brisés; ce, couche corticale; cyc, cylindre central. FIG. 3. Coupe longitudinale tangentielle du même tronçon de glande; b, bâtonnets sectionnés transversalement. FIG. 4. Même coupe dans une autre région, où les bâtonnets' étaient moins rapprochés ; on remarque entre eux des granules et des trabécules réticulaires ; b, bâtonnets ; n, noyau. FIG. 5. Coupe longitudinale de la paroi de la portion productrice d'une larve atteinte de pébrine. Le cytoplasme est farci de psorospermies ; e, enclaves; e', enclave fusionnées avec la couche corticale qui est ici très brillante ; ce, couche • corticale ; m, membrane interne des cellules séricigènes. Pieris brassicae. FIG. 6. Coupe transversale passant à travers la portion productrice ; tc\ tige cristalline du canal central ; tc^, une enveloppe de cette tige appartenant encore au cylindre central ; ce, cylindre central ; cp, corpuscules formés apparemment de la même substance que la couche ce ; cp^ ep', deux de ces corpuscules en voie de se fusionner avec la couche corticale ; ep^, grand corpuscule paraissant aussi prêt à se fusionner ; ce, cellules épithéliales. Bombyx mori. FIG. 7. Coupe transversale de la portion conductrice d'une glande appartenant à une larve qui venait de terminer son cocon ; ey, restes du cytoplasme ; n, noyau ; e ex, enveloppe extérieure de la glande ; elle est fortement gonflée. FIG. 8. Coupe transversale de la portion conductrice ; ep, couche corticale ou grès ; J, fil de soie. FIG. 9. Coupe semblable, plus bas; ce, couche corticale irrégulièrement renflée; f, fil de soie ; c st, cuticule striée. FIG. 10. Coupe semblable ; cp, couche corticale ; f, fil de soie, la coupe le rencontre plusieurs fois parce qu'il était pelotonné en cet endroit. FIG. 11. Coupe transversale de la portion postérieure du canal fileur, non loin de la presse ; e st, cuticule striée ; f, fils de soie juxtaposés comme dans le fil de cocon, mais encore très épais et cylindriques. FIG. 12. Fil de soie pris dans la bourre, c'est-à dire après l'action de la presse. Chacun des deux fils primaires est plus mince que dans la fig. 11 et pré- sente une forme aplatie ; f, fil de soie proprement dit ; gr, grès. FIG. 13. Fil de la portion interne non dévidable du cocon. Les fils primaires sont plus grêles et plus aplatis, ce qui provient sans doute de ce que les muscles cono'ides étant fatigués à la fin du travail, la presse les a comprimés plus fortement. FIG. 14. Fil de la bourre pris en un endroit où la couche de grès était très abondante et à demi détachée ; les deux fils primaires ont été séparés, mécaniquement sans doute, pendant le filage. I BIBLIOGRAPHIE. Malpighi Swammerdam Leeuwenhoek Réaumur Rôsel von Rosenhof Lyonet Herold Suckoip Straiiss-Diirckheim : Robinet : Meckel : Leydig de Filippi Cornalia Diiseigneur-Kléber Helm Brehm Camay G. G il son A . Van Gehuchten : Dissertatio epistolica de Bombyce, etc , opéra omnia. Tome II. Leyde, 1687. : Bibel der Natur, p. 23o. : Epistola 146. in Epistolae ad societatem Regiam Anglicam, etc. Leyde, 17 19. : Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Paris, lySd. Tome I. : Insectenbelustigungen, III* Th. Traité anatomique de la chenille qui ronge le bois de saule, etc., 1762. Entwickelungsgeschichte der Schmetterlinge, i8i5. Verdauungsorgane der Insecten, in Heus. Zeitschrift, Tome III. Sur la formation de la soie chez les chenilles. Institut, VII, 1839. Mémoire sur la formation de la soie, Institut, XII, 1844. Mikrographie einiger Drusenapparate der niederen Thiere, in- Muller's Arch., 1846. Traité d'histologie, 1857. Ueber feineren Bau der Arthropoden. Muller's Archiv. i836. Ricerche anotomicofisiologiche sul Baco da seta, etc. 1854. Monografia del Bombice del Gelso. in Memorie dell' I. R. Instituto Lombardio, etc.. Vol. VI. Le cocon de soie. Paris. Rothshild, 1875. Ueber die Spinndrûsen der Lepidopteren. Zeitsch, f. wiss. Zool. Bd. 26. 1876. Merveilles de la nature. Traduit par Kunckel d'Herculais. — Paris Baillère. Biologie cellulaire. Van In, Lierre, 1884. La cytodiérèse chez les arthropodes. La cellule, t. I, 2^ fas- cicule, i885. Etude comparée de la spermatogénèse chez les arthropodes. La cellule, t. I, II, IV. Les glandes odorifères du Blaps mortisaga et de quelques autres espèces, Ibid, t. V, i^ fascicule. Etude sur la structure intime de la cellule musculaire striée. La Cellule, t. II, 2= fascicule. 24 TABLE DES MATIÈRES Introduction 117 I. La soie et les appareils séricigènes. I. GLANDES SÉRICIGÈNES DES LÉPIDOPTÈRES. Aperçu sur les recherches de Helm et de ses prédécesseurs Disposition anatomique des organes . I. Structure. A. Tubes glandulaires .... 121 Méthode . 121 \° Portion postérieure ou productrici 124 Noyau 124 Cytoplasme . Membrane . Remarque . 2» Portion antérieure conductrice Noyau Cytoplasme. Membrane . Remarques . 125 126 i3o i3o i3o i3o i3i i33 B Glandes de Filippi 1" Canal excréteur 2° Glande. i35 i36 i36 C. Tube fileur . • Méthode i» Portion postérieure 2» Portion moyenne 3» Portion antérieure i38 i38 139 .39 141 II. Fonctionnement. DONNEES fournies PAR LES AUTEURS . 1° Sécrétion de la soie 1" La soie ou la substance qui se transforme en soie est élaborée dans le cytoplasme même 2° La substance élaborée dans la cytoplasme passe dans la cavité du tube glandulaire par un phénomène qui tient plutôt de la filiration que de la diffusion 141 .43 .46 i55 182 Gustave GILSON 3" La substance déversée dans le canal de la glande y subit une série de transformations. Constitution du contenu de la glande a) Couche corticale . b) Cylindre central. Remarque 2" Sécrétion des glandes de Filippi Mode de leur sécrétion Usage 3" Fonctionnement de la presse du tube fileu Conclusion . . • • Explication des planches. Bibliographie . . • • i58 i58 139 i63 165 i65 i65 167 167 172 173 179 PL.I Giulave ûiUon.cuL.ncd del UihCh.Dv,incn.t^ FeicL.^csle.JCiilp: { PL. LE la Ctk '■p |r^s<-'3jy_ r-; (jt^jj/^ '' i 1 ^■^^^2 C.Ç.. <:/> i/ G(iztavsGilson,ocd nal-.del Zdh.U ' timon t Fera Giele,^culp PL m Giiilaue S\lion,.adixai del '"HtCh.I}u:nzcnf F~(helt,ic/ RECHERCHES HISTOLOGIQUES SUR l'appareil digestif de la larve DE LA PTYCHOPTERA CONTAMINATA PREMIÈRE PARTIE, Étude du revêtement épithélial ET Recherches sur la sécrétion. PAR A. VAN GEHUCHTEN PROFESSEUR d'aNATOMIE A l'UnIVERSITÉ DE LOUVAIN. (Mémoire déposé le i juillet 1890.; 25 RECHERCHES HISTOLOGIQUES SUR l'appareil digestif de la larve de la PTYCHOPTERA CONTAMINATA. INTRODUCTION. Nos connaissances concernant les modifications qui surviennent dans les cellules glandulaires pendant la sécrétion sont encore bien récentes. Elles datent à peine d'une vingtaine d'années. Il est bien vrai que Leydig(i), en 1857, avait déjà signalé certaines différences dans les cellules glandu- laires de l'estomac des batraciens; et que Cl. Bernard, en 1864, a remar- qué des modifications de structure dans l'épithélium des glandes salivaires, « suivant qu'on les observe pendant l'état de sécrétion active ou dans les intervalles de celle-ci à l'état de repos r, (2). Ce n'est pourtant qu'en 1868 que Heidenhain (3), après avoir porté la glande sous-maxillaire du chien à une sécrétion abondante par l'excitation soutenue de la chorde du tympan, com- para l'état de ces cellules en activité avec d'autres cellules glandulaires plus ou moins au repos. Il signala, le premier, les modifications morphologiques intéressantes qui surviennent dans les cellules glandulaires, modifications si importantes pour la théorie de la sécrétion. Depuis les travaux de Heidenhain, un grand nombre d'histologistes et de ph3'siologistes ont étudié les glandes du tractus intestinal. Tous ont con- staté des différences considérables entre les cellules examinées avant, pen- dant et après la sécrétion, mais l'explication qu'ils en donnent n'est pas la même. (i) Leydig : Lehrbuch der Histologie, iSSy, p. 3 17. (2) Cl. Bernard : Du rôle des actions réflexes paralysantes dans le phénomène des sécrétions; Journal de l'anac. et de la physiol., 1864, p. 507. (3) Heidenhain : Bcitrâge :;iir Lehre von der Speichelsccrelijn; Studien des physiolog. Instituts zu Breslau, 1868. l86 A. VAN GEHUCHTEN Deux théories furent longtemps en présence : Pour Heidenhain, les cellules de la glande sous-maxillaire du chien, et des glandes muqueuses en général, présentent la dégénérescence muqueuse: la cellule remplie de mucus est destinée à être rejetée en même temps que les produits de sécrétion. Les cellules ainsi dégénérées tombent dans la ca- vité glandulaire, et sont remplacées par une nouvelle génération de cellules : « Es findet bei der Hundesubmaxillaris, dit Heidenhain, eine fortwâhren- de Entwicklung von Schleimzellen statt, die bei dem Vorgange der Sekre- tion behufs der Schleimbildung zerstôrt und durch junge, nachwachsende Elemente ersetzt werden (i) ". Pour cela il s'appuie sur ce fait, que l'exci- tation de la chorde du tympan modifie profondément l'aspect de la glande : à la place des cellules muqueuses entourées des croissants de Gianuzzi, on ne trouve plus dans les alvéoles que des cellules jeunes, ayant tous les ca- ractères des cellules des croissants. De plus, dans ces glandes, les divisions cellulaires seraient plus nombreuses. De tous ces faits, Heidenhain tira la conclusion : - Die Schleimzellen der Acini werden zerstôrt. Die Randzellen sind die Keimstatten fur die nachwachsenden Schleimzellengeneration. Die Driise sind verjungt (2) r,. Pfluger et ses élèves ont défendu une autre théorie. Pour Pfluger (3) les cellules glandulaires sont de véritables cellules sécrétantes : elles sécrè- tent sans se détruire. La cellule forme en elle-même les produits de la sé- crétion et elle peut s'en débarrasser à des moments déterminés, pour rede- venir ce qu'elle était primitivement et recommencer à élaborer dans son protoplasme des produits nouveaux. Cette théorie est acceptée actuellement par le plus grand nombre des auteurs : Ranvier(4),Ewald(5),V.Ebner(6),Nussbaum(7),Hebold(8),Stôhr(9), (1) Heidenhain : Loc. cit., p. ii. (2) Ibid., p. 61. (3) Pfluger : Die Endigtingen der Ahsoiuiennigsiierven in den Speichcldrûsen. Bonn, i865, p. 41-45 (cité d'après Nussbaum et Hebold>. (4) Ranvier : Note sur la structure des glandes acineuses. In Spielmann's Uebersetzung von Frey's Histologie, Paris, 1870, p. 437. — Le mécanisme de la sécrétion; Journal de micrographie, t. XI et XII, 1887 et 1888. (5) EwALD : Beitràge :;ur Histologie und Physiologie der Speicheldrûsen des Hundes; Inaug. Diss., Berlin, 1870. (6) V. Ebner : Drûsen der Zungen, Graz, 1873. (7) Nussbaum : Ueber den Bau und die Thàtigkcit der Drûsen. I Mittheilung. Die Ferment- bildung in den Driisen : Archiv f. mikr. Anat., Ed. i3, 1877, p. 721-755. (8) Hebold : Fin Beitrag ^ur Lehre von der Sekretion und Régénération der Schlcimdrûsen; Inaug. Diss., Bonn, 18S9. (9) Stôhr : Ueber das Epithel des menschlichen Magens; Wurzb. Verhandlungen, Ed. i5, 1881, p. 101-1^. RECHERCHES HISTOLOGIQUES I87 BiEDERMANN (i), Paneth (2) et bien d'autres admettent que la cellule glandulaire est une véritable cellule sécrétante. Elle forme dans son sein, par transformation chimique de certaines parties de son protoplasme, les produits à sécréter. Elle abandonne ces produits à des moments détermi- nés, soit dans la cavité glandulaire si c'est une glande pluricellulaire, soit directement à l'extérieur si tout l'organe est une cellule unique. Le noyau de la cellule persiste entouré d'une partie de protoplasme non différentié. La cellule se reforme et peut recommencer à parcourir encore plusieurs fois le même cycle. Il en résulte, suivant l'expression si juste de Nussbaum, « dass die Sekrete kein Caput mortuum, sondern die Producte der chemi- schen Thâtigkeit lebender Zellen sind (3j «. Mais la cellule glandulaire est-elle un élément définitif et permanent? ne se détruit-elle jamais? Cette question n'est pas encore définitivement tranchée. On admet généralement que la cellule glandulaire peut se détruire, et qu'elle se détruit en réalité. Cependant cette destruction n'est pas néces- sairement liée à la sécrétion, et elle ne se produit pas à la fois pour toutes les cellules sécrétantes. La cellule glandulaire devient donc un élément passa- ger, mais sa vie n'est pas d'aussi courte durée qu'HEiDENHAiN le pense. Une fois détruite, elle est remplacée par une nouvelle cellule. Ce sont les cellules de bordure (Randzellen) qui remplacent les cellules glandulaires détruites. Dans les glandes dépourvues de croissants de Gianuzzi, on ignore encore d'où viennent les celliiles de remplacement; on suppose qu'elles provien- nent des cellules glandulaires elles-mêmes par division. Lavdowsky (4), en 1877, a modifié dans le même sens la théorie de son maître. Tandis que pour Heidenhain la mucine se forme " durch schlei- mige Métamorphose des Protoplasma undZerstôrung derZelle ?», Lavdowsky n'admet plus qu'une destruction partielle des cellules glandulaires avec la possibilité, pour la cellule partiellement détruite, de se reconstituer et de sécréter de nouveau. Il admet aussi que la cellule glandulaire est actipe dans le phénomène de la sécrétion ; que les produits à sécréter sont des transfor- mations chimiques de certaines parties de son protoplasme; mais qu'à un (1) BiEDERMANN : Ucber morphologische Verandcningen der Zungendrûsen des Frosches bei Rci^ung der Drùsennerven ; Sitzungsber. d. kais. Akad. d. Wiss., Wien, Ed. 86, III Abth., p. 67-89, i883. {2) Paneth : Ucber die secernirenden Zellen des Dûnndarm-Epithels ; Archiv f. mikr. Anat., Bd. 3i, Heft 2, p. 113-191, 1888. (3) Nussbaum : loc. cit., p. 732. (4) Lavdowsky : Znr feineren Anatomic und Physiologie d. Speicheldrûsen, insbe^ondere der Orbitaldrûse ; Arch. f. mikr. Anat, Bd. i3, 1877, p. 281-364. l88 A. VAN GEHUCHTEN moment donné chaque cellule finit quand même par se détruire. Les cellules glandulaires sont donc, en dernière analyse, des éléments transitoires : « Es liegt klar zu Tage das die einmal ausgebildeten Schleimzellen nach einer gewissen Dauer ihrer Action in der That - transitorisch » werden und in diesem Sinne darf man Heidenhain's Ansicht iiber sie annehmenfi) b. Les cellules glandulaires sont donc des cellules sécrétantes (2). Comment se fait la sécrétion des produits élaborés? Comment la cellule glandulaire parvient-elle à se débarrasser des matériaux qu'elle a accumulés? Pour les glandes muqueuses pluricellulaires, comme la sous-maxillaire du chien, la question est difficile à résoudre. En comparant ces cellules avant et après la sécrétion, on constate des différences dans l'état du proto- plasme et l'aspect du noyau; la cellule est devenue plus petite, le noyau est plus sphéi'ique, le protoplasme est plus granuleux et moins riche en sub- stance claire interposée entre les granules dans la glande au repos. De tous ces faits il résulte que les cellules glandulaires ont abandonné au liquide sécrété une partie de leur substance, mais on ignore absolument comment se fait cette sécrétion, ou mieux cette excrétion. Pour les glandes muqueuses unicellulaires, telles que les cellules cali- ciformes de tout le tractus intestinal, nos connaissances ne sont pas plus complètes. : Paneth, le dernier auteur qui ait étudié la sécrétion dans les cellules mucipares, émet deux hypothèses sur le mécanisme d'après lequel ces cellules se vident : » Wir konnen uns vorstellen, dit-il (3), dass der Inhalt der Theka welche gegen das Lumen hin vôllig offen ist, vi^elche weder Zellmembran noch Bourrelet besitzt, bei solchen Zerrungen und Pres- sungen des Epithels (par suite des mouvements des villosités) mechanisch entleert wird. Wir konnen auch annehmen, dass wâhrend der Verdauung eine stârkere serôse Durchfeuchtung der Darmschleimhaut eintritt, dass der Inhalt der Theca erweicht wird, zum Theil von selbst vorquilt, zum Theil hinausgedriickt wird. Jede dieser Hypothesen erklart dass man in dem leeren Darm mehr gefullte Becherzellen findet, als in dem verdauenden ". (1) Lavdowsky : loc. cit., p. 341. (2) Il va sans dire que nous ne parlerons dans tout notre travail que des cellules glandulaires qui sont actives dans l'acte de la sécrétion, et qui rentrent par conséquent dans le groupe des glandes mérocrines de Ranvier. Dans les glandes olociiiies, c'est-à-dire les glandes dont les cellules sont pas- sives dans l'acte de la sécrétion, et dans lesquelles le produit de sécrétion est fourni par les cellules elles-mêmes plus ou moins transformées, le mécanisme de la sécrétion est simple et parfaitement connu. (Ranvier : Le mécanisme de la sécrétion; Journal de micrographie, t. 11 et 12, 1.SS7 et 18H8.) (3) Paneth : Ueber die secernirendcn Zellcn des Diinndanncpithels; Arch. f. mikr. Anatomie, Bd, 3i, Heft 2, 1888, p. i35. RECHERCHES HISTOLOGIQUES I89 List(i) explique la sécrétion des cellules mucipares comme un phéno- mène de gonflement de la substance à sécréter. F. E. Schulze (2), qui a étudié d'une façon spéciale les cellules mucipares chez les poissons et les amphibies, a pu suivre la sécrétion directement sur le vivant. Pour lui, la thèque s'ouvre lentement par déhiscence et ne crève pas. Par cet orifice sort doucement une boule de substance légèrement granu- leuse qui devient de plus en plus volumineuse, s'effile à sa base et se sépare par étranglement de la cellule qui l'a produite. BiEDERMANN émet un autre avis pour les cellules glandulaires de la langue et de la membrane clignotante chez la grenouille. Il lui a toujours semblé, dit-il, - als seien die durch die Reizung bewirkten Formverân- derungen der Zellen lediglich passive, bedingt durch die Zusammenziehung der ganzen Driise und die daraus resultirende Verkleinerung des Innen- raums (3). '» Dans toutes les cellules glandulaires qu'il a étudiées, — cellules glandulaires de la membrane clignotante et de la langue, cellules caliciformes de l'intestin grêle et certaines formes cellulaires de l'épithélium des papilles linguales, — - il a toujours constaté les mêmes modifications : « Immer sieht man zunâchst dunkle Kôrnchen im Zellprotoplasma auf- treten, welche sich vorzugsweise im vorderen Abschnitt der Zellen an- haufen und hierauf allmâhlig unter Wasseranziehung und Quellung in eine homogène durchsichtige Substanz (Mucin) umwandeln, die in der Regel zuerst in Form heller, vacuolenahnlicher Tropfen auftritt, welche entweder zusammenfliessen oder einzeln ausgeschieden werden. Bei sehr beschleunigter Sécrétion (sous l'action de la pilocarpine ou par l'excitation du nerf) kommt es dann oft zu so rascher Quellung, dass nahezu der gesammte Inhalt der Zellen rasch austritt, wodurch jene mehr oder we- niger deformirt werden, unter Umstanden wohl auch zu Grande gehen dtirften (4J. - Merk (5), en étudiant la sécrétion du mucus sur le vivant, dans les cel- (i) List : Untersuchungen iiber das Cloakenepithel der Plagiosiomen ; Sitzungsber. d. kais. Akad. d. Wissensch , Wien, Bd. 92, III Abth., iSS5. — Voir aussi : Uebcr Becher^ellen; Arch. f. mikr. Anat., Bd. 27, 1886, p. 549-560. (2) F. E. Schulze : Epithcl- und Drûsen^ellen; Arch. f. mikr. Anat., Bd. 3, 1867, p. i37-2o3. (3) BiEDERMANN : Zw Histologic und Physiologie der Schleimsecretion; Sitzungsber. d. kais. Akad. d. Wiss., Wien, III Abth., Bd 93, 1886, p. 255. (4) BiEDERMANN : Ibid., p. 270. (5) Merk : Ueber die Schkimabsonderung an der Obcrhaut der Forellenembryonen; Sitzungsber. d. kais. Akad. d. Wiss, Wien, III Abth., Bd. 9.1, 1S8G, p. io5 190 A. VAN GEHUCHTEN Iules mucipares de l'épiderme des embryons de truite, a observé le même phénomène que celui signalé par F. E. Schulze : la sécrétion par Pfropf- bildimg comme il l'appelle. Mais pour lui, la formation du Pfropf n'est qu'une phase préparatoire à la sécrétion; celle-ci ne se fait réellement qu'au moment où ce Pfropf, libre ou adhérant à la cellule qui l'a produit, éclate et que les granulations qui le constituent s'éparpillent. Merk appelle ce phénomène '^ Kôrnchenplatien r,. D'ailleurs cette Pfropf bildiing n'est pas un phénomène nécessaire à la sécrétion; des cellules sans Pfropf peuvent sécréter très activement, tandis que des cellules voisines qui en sont pour- vues, peuvent mourir sans avoir sécrété. Le plus souvent même il y a sécrétion »ohne Pfropfbildung'^. Et alors, dit il, '^ es werden Kôrnchen aus dem Innenider Becherzelle heraus geschlindert, dieraschverschwinden(i). » Nous verrons plus tard la théorie émise par Ranvier. Nous croyons que pour étudier les modifications qui se passent dans une cellule glandulaire pendant la sécrétion, on a tort de s'adresser à des organes aussi complexes que les glandes salivaires, ou à des éléments aussi petits et en quelque sorte cachés au milieu des cellules voisines que le sont les cellules mucipares ou caliciformes. Ici, comme dans toutes les questions scientifiques, nous devons aller du simple au composé, et nous devons tâcher de trouver chez les animaux inférieurs un organe où les cellules sécrétantes sont assez volumineuses, pour qu'on puisse y poursuivre sans peine les modifications les plus intéressantes, et en même temps suffisamment ac- cessibles et dépourvues des éléments étrangers qui pourraient induire en erreur même l'observateur le plus consciencieux. Nous croyons avoir trouvé un excellent objet d'étude dans les cellules sécrétantes qui forment le revêtement épithélial de l'intestin moyen de la larve d'un diptère némocère : la Ptychoptera contaminata. Ce revêtement épithélial est formé par une seule rangée de cellules grandes et volumi- neuses. A des endroits déterminés de l'intestin moyen ces cellules épithé- liales sont de véritables cellules glandulaires. Elles déversent dans la cavité digestive des produits élaborés dans leur corps protoplasmique, et sur des coupes microtomiques longitudinales et transversales on peut poursuivre (i) Nous tenons à faire remarquer que dans cette partie historique Je notre travail, nous doui-.ons au mot sécrétion la signification qu'y attachent les physiologistes : il signifie donc à la fois et la production des produits à sécréter dans la cellule glandulaire et l'ex;.ulsion de ces produits de la cel- lule dans la cavité glandulaire. Plus tard, lorsque nous décrirons nos observations personnelles, nous donnerons, à l'exemple de Ranvier, au mot sécrétion une signification plus restreinte. RECHERCHES HISTOLOGIQUES 19 1 avec la plus grande facilité, en comparant les cellules voisines, toutes les phases de la sécrétion. En outre, la paroi intestinale est excessivement mince, on peut la fendre aisément, l'étaler à plat et à frais sur une lame porte-objets et comparer ainsi avec des matériaux vivants les résulats obte- nus sur des intestins fixés et colorés. La paroi intestinale de la larve de la Ptychoptera contamiuata est encore intéressante par la forme et la disposition des éléments de ses deux couches musculaires. Ainsi que nous l'avons montré au dernier congrès des anatomistes à Berlin (n, ces tuniques musculaires sont formées de cellules musculaires striées, ramifiées et anastomosées, dont la forme et la disposi- tion changent aux différents endroits du tube intestinal. Les membres du congrès ont pu juger de cette disposition tout à fait particulière des éléments musculaires par les nombreuses préparations que nous avons eu l'honneur d'y démontrer. Cette larve de diptère nous était connue depuis longtemps. Notre savant maître et collègue, M. le Professeur J. B. Carnoy, s'en sert, depuis plusieurs années déjà, à son cours de Biologie cellulaire, pour mettre sous les yeux des étudiants les grandes et belles cellules qu'on y trouve à un endroit déterminé de l'intestin moyen. Ces immenses cellules polygonales sont pourvues d'un noyau volumineux renfermant un boyau nucléinien strié analogue à celui découvert par Balbiani dans les glandes salivaires de la larve du Chivonomus pluinosiis, et, retrouvé depuis lors, par J. B. Carnoy, dans une foule de noyaux empruntés au règne végétal aussi bien qu'au règne animal. Comme préparateur et assistant du cours de Biologie cellu- laire, nous avons eu maintes fois l'occasion de faire des préparations de ces cellules remarquables. Ces cellules n'ont pas encore été décrites. Enfin dans la valvule cardiaque ou mieux valvule œsophagienne de cette larve, nous avons trouvé une disposition tout à fait remarquable qui, à notre connaissance, n'a pas encore été signalée dans l'appareil digestif des arthropodes, malgré les nombreux travaux qui ont été publiés sur ce sujet. Cette valvule n'étant, dans certains insectes, qu'un repli de la paroi de l'intestin moyen, est formée de trois couches qui sont partout en contact intime : une couche épithéliale interne œsophagienne, une couche épithé- liale externe proventriculaire et une couche moyenne musculaire. Dans la (i) A Van Gehuchten : Cellules musculaires striées, ramifiées et anastomosées; Verhandlungen der anatomischen Gesellschaft auf der dritten Versammlung in Berlin. 1889, p. 100— lO.S. 192 A. VAN GEHUCHTEN larve de la Ptychoptera contaminata ces trois couches sont distantes l'une de l'autre et séparées par des cavités sanguines. Une étude histologique et biologique complète de l'appareil digestif de la larve de la Ptychoptera contaminata nous semble donc très utile et pro- met d'être fructueuse. Mais nos recherches ne sont pas encore terminées. Il nous reste encore à étudier la disposition des éléments musculaires aux endroits les plus étroits du tube intestinal et la structure de quelques-unes des glandes annexes ainsi que des vaisseaux de Malpighi. Nous en ferons l'objet d'une seconde publication. Dans le présent mémoire, nous nous proposons simplement de faire l'étude des éléments de la couche épithéliale sur toute la longueur de l'intestin, principalement au niveau de l'intestin moyen : là, en effet, nous trouverons à côté des cellules volumineuses, dont nous avons parlé plus haut, des cellules spéciales dans lesquelles on peut suivre avec la plus grande facilité tous les phénomènes de la sécrétion. Méthodes. Nous ne nous étendrons pas longuement sur les méthodes suivies. Le tube intestinal a été enlevé à l'animal vivant, fixé par le sublimé corrosif en solution saturée, l'alcool acétique d'après la formule de Carnoy (i) ou la solution au sublimé de Gilson. Nous l'avons coloré par l'hématoxyline de Delafield en solution diluée ou par le carmin aluné de Grenacher. La couche épithéliale a été examinée sur des coupes microtomiques transver- sales et longitudinales. Nous l'avons aussi étudiée par comparaison sur la paroi intestinale intacte, coupée suivant sa longueur et étalée sur un porte- objets. HISTOLOGIE DE L'APPAREIL DIGESTIF. Disons d'abord un mot de la structure macroscopique de l'appareil digestif. L'appareil digestif de la larve de la Ptychoptera contaminata a une or- ganisation fort simple, fig. 1. Comme le tube intestinal de tout insecte, on peut le diviser en trois parties : l'intestin antérieur, ia, l'intestin moyen, im, et l'intestin terminal, //. L'intestin antérieur ou préintestin ne comprend que l'œsophage. C'est une partie très étroite qui atteint, en moyenne, une longueur de lo à 15 mm. (1) A. Van Gehuchtbn : L'alcool acétique comms fixateur des œufs d'Ascaris mcgalocephala, Anat. Anz , Jarhg. III, 1888, 237-240. RECHERCHES HISTOLOGIQUES 193 Il est séparé de l'intestin moyen par un sillon circulaire. Comme le montrent les coupes microtomiques longitudinales, fig. 5, ce sillon correspond à une invagination de l'œsophage dans la première partie de l'intestin, moyen. Deux petites glandes salivaires, gs, qui viennent s'ouvrir à l'extrémité an- térieure de l'œsophage, forment les annexes de cette première partie du tube intestinal. L'intestin moyen ou médiintestin , d'après l'expression proposée tout récemment par Balbiani (i), est beaucoup plus développé. Il comprend deux parties : le proventricule, pr, et l'intestin moyen proprement dit ou ventricule chylifique. Ces deux parties sont séparées l'une de l'autre par un sillon circulaire qui correspond également à une invagination de la paroi du tube formant dans l'intestin moyen une petite valvule circulaire, fig. 5. Le proventricule est très petit ; il est traversé dans toute sa longueur par la partie invaginée de l'œsophage, fig. 2 et 5. L'intestin moj^en proprement dit est la partie la plus large du tube intestinal. Il est fusiforme; dilaté à sa partie moyenne, il se rétrécit vers les deux extrémités. A quelque distance de son extrémité proximale, il est entouré d'une couronne de huit petites glandes tubuleuses, fig. 1, gt. A son extrémité distale, il se rétrécit insensiblement pour se continuer avec la première partie de l'intestin terminal. Les conduits excréteurs de deux glandes volumineuses annexes, ga, et quatre vaisseaux de Malpighi, vm, établissent la séparation entre ces deux parties du tube intestinal. L'intestin terminal présente une partie courte et étroite : l'intestin grêle, ig; une partie plus longue et plus épaisse : le gros intestin, gi; enfin une partie rétrécie qui va s'ouvrir à la base de la queue et qui forme le rectum, r. Le tube intestinal, ainsi constitué, ne traverse pas en ligne droite la cavité du corps de la larve : il s'infléchit deux fois sur lui-même au niveau de l'intestin terminal, fig. 1. A cet endroit aussi il est uni à la paroi du corps par une languette de tissu graisseux. Partout ailleurs il est libre et n'est uni que par des trachées très fines aux deux grosses trachées antéro- postérieures qui le longent. La paroi intestinale est formée principalement de deux couches : une couche interne épithéliale et une couche externe musculaire. Entre ces deux (ï) Balbiani : Etudes anatomiqucs et histologiques sur le tube digestif des Cryptops; Archive'S de zoologie expérimentale. II» série, tome VIII, Année i8go, no i, p. 3. 194 A VAN GEHUCHTEN couches on trouve encore une mince lamelle conjonctive que l'on pourrait considérer à la rigueur comme une troisième couche, et qui forme la tunique propre des auteurs. I. Intestin aiitcn'vur ou préiiik'stin. L'œsophage ou intestin antérieur forme, avec l'intestin grêle et le rectum, la partie la plus étroite du tube digestif. Sur des coupes microtomiques transversales le revêtement épithélial, avec la mince lamelle conjonctive qui lui sert de soutien, est plissé sur lui-même et entouré par une couche unique de fibres musculaires striées circulaires, fig. 3. Les replis de l'épi- thélium, longitudinaux et à section transversale triangulaire, sont variables pour le nombre et pour la forme. La lame conjonctive, ou tunique propre, sur laquelle reposent les cellules épithéliales, entre aussi dans la constitu- tion des replis. Sur des pièces fixées par le sublimé corrosif en solution aqueuse saturée à froid ou par la liqueur mercurique de Gilson, et traitées par le carmin aluné, cette couche conjonctive se colore en rouge vif, contrai- rement à ce que Frenzel( i ) et Wertheimer(2) ont observé chez les insectes qu'ils ont étudiés, et contrairement aussi à ce qui existe chez certains my- riapodes : d'après les observations récentes de Balbiani (3), la tunique propre du tube digestif des Cryptops reste incolore après le traitement des coupes par les réactifs colorants. L'épithélium est formé par une rangée unique de cellules, granuleuses à leur base, mais profondément différentiées du côté qui regarde la lumière du canal. L'existence de cellules épithéliales dans l'œsophage des insectes, niée pendant bien longtemps, est aujourd'hui unanimement reconnue. Nous renvoyons le lecteur, désireux de connaître la littérature sur se point en particulier, au beau et récent travail de Balbiani sur le tube digestif des Cryptops. Nous avons représenté dans la fig. 4, deux replis du revêtement épithélial, dessinés à un grossissement assez considérable. Comme cette figure le montre clairement, ces cellules épithéliales sont granuleuses dans leur partie basale. C'est dans cette partie protoplasma- tique que se trouve le noyau. Du côté qui limite la cavité de l'œsophage, (1) Frenzel : Einigcs ûbcr dcn Mitleldann der Inxektcn soivie ûber Epithelregeneraiion; Archiv f. mikrosk. Anat., Bd. 26, iSSS, p 241. (2) Wertheimer : Sur hi structure du tube digestif de l Oryctcs nasicornis \ Comptes rendus de la Sociiété de Biologie, 3o juillet 1H87, p. 53i. (3) Balbiani : Loc cil,, p. 20. RECHERCHES HISTOLOGIQUES 195 ces cellules épithéliales présentent une partie homogène et brillante : il existe là une cuticule interne très épaisse qui semble avoir pour double but, et de protéger la paroi œsophagienne contre les lésions pouvant venir des matières alimentaires, et de servir peut être comme appareil masticateur sous la dépendance de la forte couche musculaire. Cette cuticule ne présente pas de trace de structure dans sa partie externe la plus éloignée du proto- plasme granuleux. Elle ne se colore ni par Fhématoxyline, ni par le carmin aluné. Dans les pièces fixées par l'acide picrique elle conserve une belle coloration jaune. Au fur et à mesure que l'on se rapproche de la partie granuleuse, la cuticule devient de plus en plus sensible aux réactifs colo- rants et montre une structure très finement striée. La cuticule interne des cellules épithéliales du préintestin présente donc deux couches en apparencç très différentes, mais qui ne sont pas nettement limitées; au contraire, elles se continuent insensiblement l'une dans l'autre. Ces particu- larités doivent être attribuées, sans aucun doute, au degré de différentiation. La partie basale de la cuticule, celle qui touche directement le protoplasme granuleux, étant de formation plus récente que la partie externe, n'est pas encore si profondément modifiée et se ressent encore plus ou moins de son origine protoplasmique. Nous admettons en effet, avec Carnoy (i), que les cuticules et les membranes cellulaires, quelqu'épaisses qu'elles soient, ne sont pas des produits de sécrétion des cellules sous-jacentes, mais pro- viennent de la différentiation à la fois physique et chimique du protoplasme de ces cellules. Balbiani a exprimé le même avis pour la cuticule des cellules épithé- liales de l'œsophage des Cryptops (2). Mais cette cuticule ne se présente pas toujours avec les caractères que nous venons de décrire. Il arrive assez souvent qu'elle reste incolore dans toute son épaisseur. Examinée alors avec un bon objectif, cette cuticule ne forme pas une membrane anhiste, mais se montre traversée dans toute son épaisseur par des trabécules assez épaisses, en nombre variable, partant du bord libre pour se terminer dans la paroi protoplasmatique, fig. 14. Ces cellules épithéliales présentent la même disposition et les mêmes caractères sur toute la longueur de l'œsophage. Sur des coupes transversales les limites cellulaires sont difficiles à voir, à cause, sans doute, du peu d'épaisseur de la couche protoplasmatique. Ces limites cellulaires se voient assez bien sur des coupes longitudinales, fig. 8. (1) J. B. Carnoy : La Biologie cellulaire; 1884, fasc. 1, p. 198 et suiv,, passim. h] Balbiani : Loc cit.. p. 24. 196 A. VAN GEHUCHTEN II. Intestin moyen ou médiintestin. Arrivée au niveau dç l'intestin moyen, la paroi de l'œsophage ne se continue pas directement avec la paroi du proventricule, mais l'œsophage s'enfonce profondément dans ce dernier, le traverse dans toute sa lon- gueur et vient s'ouvrir plus ou moins loin dans la partie supérieure de l'in- testin moyen proprement dit. L'endroit où l'œsophage s'engage ainsi dans le proventricule est indiqué à l'extérieur du tube par un sillon circulaire. Si on examine à la loupe un intestin disséqué et suspendu dans de l'eau légè- rement alcoolisée, on voit nettement, par transparence, la partie inférieure de l'œsophage traverser le proventricule, ainsi que nous le montre la fig. 2. Cette disposition est surtout évidente sur des coupes microtomiques longi- tudinales. Notre FIG. 5 représente une de ces coupes à un faible grossis- sement. Les matières alimentaires amenées par l'œsophage sont donc déversées directement dans le ventricule chylifique, sans venir en rapport avec la paroi propre du proventricule. Cette disposition particulière de l'œsophage par rapport à l'intestin mo3'en semble. d'ailleurs exister dans le tube digestif de la plupart des arthropodes. Weismann (i) et Kowalevsky (2) l'ont décrite chez les larves des muscides, Beauregard(3) l'a signalée dans l'appareil digestif des insectes vésicants et propose de lui donner le nom de valvule cardiaque. Schnei- der (4) donne à la valvule cardiaque le nom de Riissel (trompe). Il en signale l'existence chez les Chironomus, Corethra et les hyménoptères (four- mis et guêpes). Il pense avoir été le premier à la décrire. Mingazzini (5) la retrouve chez les larves des lamellicornes phytophages. Tout récemment encore Balbiani (6) l'a décrite chez certains myriapodes sous le nom de valvule œsophagienne. Elle a été étudiée encore par d'autres auteurs chez (i) Weismann : Die nachcmbryonale Enhvicldung der Muscicicn nach Beobachtuiigen ait Musca voniitoria und Sarcophaga carnaria; Zeitschr. f. wiss. Zool., Bl. 14, 1S64, pp. 196 à 198. (2) Kowalevsky : Bcitrâge :iur Keniitniss der nachembryonalcn Entnnckelung der Musciden; Zeitschr. f. wiss. Zool., Ed. 45, 1887, p. 558. (3,1 Beauregard : Recherches sur les insectes vésicants ; Journal de l'Anatomie et de la Physio- logie, 1886, p. 246-264. (4) Schneider : Ueber den Darmkanal der Arthropoden; Zoologische Beitrâge de Ant. Schnei- der, Bd. H, Heft 1, 1887, p. 82-95. (5; p. Mingazzini : Ricerche siil eanale digerente délie larve dci Lamellicorni fitofagi; Mit- theilungen aus der zoolog. Station zu Neapel, Bl. IX, Hcft 1, 188g. Abdruck p. 17 et 18. (6) Balbiani : Loc. cit., p. 26-3o. RECHERCHES HISTOLOGIQUES I97 un certain nombre d'insectes. Nulle part cependant elle semble exister aussi longue et aussi complexe que dans la larve que nous étudions. Les différents auteurs qui ont parlé de cette valvule la considèrent, le plus sou- vent, comme une simple invagination de la paroi de l'œsophage. Il n'en est pas de même dans la larve de la Ptychoptera contaminata. Sa structure diffère considérablement de celle décrite chez les autres insectes étudiés jusqu'à présent. A première vue elle semble présenter beaucoup d'analogie avec les descriptions données par Weismann et Kowalevsky de la valvule oesophagienne des larves des muscides. Mais ce n'est là qu'une apparence : entre la structure de la valvule oesophagienne des larves des muscides et de celle de la Ptychoptera contaminata il n'y a pas de comparaison possible. Nous serons donc obligé de nous y arrêter assez longtemps. La description de cette portion invaginée de l'œsophage est assez diffi- cile. Pouf bien nous faire comprendre nous avons cru utile de donner, dans nos planches, une figure de tout le proventricule, fig. 5, prise à un grossis- sement assez faible, et ne représentant que les contours des éléments cellu- laires. Dans des figures spéciales, nous avons alors reproduit à un grossis- sement convenable les différentes parties de la valvule œsophagienne. De cette façon, si notre description devait laisser quelques points obscurs, nous prierions le lecteur de bien vouloir y suppléer par l'examen des figures qui accompagnent ce travail. A l'endroitoù l'œsophage s'enfonce dans le proventricule, sa couche mus- culaire interne, formée partout d'une seule rangée de cellules musculaires, s'épaissit considérablement de façon à produire à ce niveau un anneau musculaire très épais, un véritable sphincter. Sur des coupes longitudinales du proventricule, fig. 6, les fibres les plus externes et les plus internes de cet anneau sont coupées transversalement ; les plus externes se continuent avec la couche musculaire circulaire du proventricule, les plus internes ap- partiennent à la tunique musculaire de l'œsophage. Les fibres musculaires qui occupent le centre de l'anneau sont coupées obliquement. Elles s'insè- rent au dehors sur une lame conjonctive, continuation épaissie de la lame conjonctive^ou tunique propre du proventricule. Quelques-unes de ces fibres s'infléchissent en bas et vont devenir fibres longitudinales sur une étendue plus ou moins grande de l'œsophage. Tous ces détails sont nettement visibles sur les fig. 6 et 32. Dans la partie de l'œsophage située en-dessous de cet anneau muscu- laire, c'est-à-dire dans la paroi de la valvule œsophagienne, on peut distinguer 198 A. VAN GEHUCHTEN facilement trois couches : la couche interne, celle qui regarde la lumière de l'œsophage, n'est que la continuation directe du revêtement épithélial que nous avons décrit dans la partie libre de l'intestin antérieur, fig. 3, 4 et 14. Les FIG. 8, 9 et 10 rendent assez bien l'aspect de ces cellules sur des coupes longitudinales. La couche moyenne est formée de cellules musculaires striées circu- laires, continuation directe de la tunique musculaire de l'œsophage, fig. 5, 6, 8, 9 et 10. La troisième couche, externe par rapport à la partie invaginée de l'œsophage, mais interne par rapport au proventricule, est la plus remar- quable. On la trouve tantôt appliquée contre les cellules épithéliales qui tapissent la paroi propre du proventricule, tantôt séparée de cette paroi par un espace circulaire : la cavité proventriculaire qui peut communiquer alors directement, comme nous le dirons plus loin, avec la cavité de l'intes- tin moyen proprement dit. Examinée à un grossissement ordinaire (Zeiss, DD, 4), cette troisiè- me couche semble formée d'éléments cellulaires excessivement volumineux, à contenu tout à fait caractéristique : tantôt homogène dans toute son éten- due, tantôt grossièrement granuleux. Ces éléments semblent limités au dehors par une membrane excessivement épaisse, à la surface interne de laquelle on voit de temps en temps un noyau faire saillie. Cette couche semble exister avec les mêmes caractères chez les larves des muscides. Weismann et KowALEvsKY la considèrent comme formée de cellules cartilagineuses. Voici comment s'exprime Weismann : « Die mittlcre Lage ist die eigen- « thiimlichste. Sie besteht aus grossen mit ihrer Lilngsaxe senkrecht auf « die Flâche gestellten Zellen, mit vôUig pelluciden, bliischenfôrmigen « Kern und einem eigenthiimlich weisslichen Inhalt, der homogen scheint " und nur bei stârker Vergrôsserung eine sehr feine Graniilirung erkennen « lâsst. Von der Flache gesehen sind auch dièse Zellen regelmassig poly- « gonal, jedoch etwas in die Lange gestreckt. Sie selbst wie auch ihre Kerne « zeichnen sich durch eine sehr dicke und dcutliche Membran aus -^ (1). KowALEVSKY cst du même avis. « Das innere Faltenblatt, ditil(2), wird " von sehr grossen, sehr schwach sich farbenden Zellen gebildet. Dièse « Schicht, ajoute-t-il avec Weismann, welche man versucht sein kônnte als " Knorpelgewebe der Insekten zu bezeichnen, besteht auch wahrend der (1) Weismann : Loc. cit., p. iglj. (2) Kowalevsky : Loc. cit , p. 55 Lambl : Prager Viertcljahrsschrift fiir die praktische Heilkunde, Bd. Gi, p. 11, iSSq. (Cité d'après V. Thanhoffer.) (7) Vlakovich et Amici, cités d'après V. Thanhoffer. (S) 'WiEGANDT : Unti.'rsuchungen iiber d.is Diindarntcpithi.1 ; Dorpat, 1860. (g) 'VV. Dônitz ; Uebr die Schleimhaut des Darmkanals ; .Arcliives de Mûller, 1864, p. 367-406. (10) V. Thanhoffer : Beitrâge ^ur Fettrcsorption und histologischcn Structur der Diinndarm- :;ottcn ; Pflûger's Archiv, Bd. S, p. 391-443, 1874. (11) Heidenhain : Beitrâge ^ur Histologie und Physiologie der Dûnndarmschleimhaut; Pflûger's Archiv; Bd 43, Supplementheft, 1888. RECHERCHES HISTOLOGIQUES 219 Mais les bâtonnets du plateau sont de simples prolongements du corps protoplasmatique et celui-ci peut les faire rentrer dans son sein ; si cela se fait, le plateau est alors formé exclusivement de la substance intermédiaire et parait homogène. Enfin, le plateau peut aussi être constitué par les bâ- tonnets seuls, la substance intermédiaire ayant disparu; celle-ci doit alors être régénérée par la cellule épithéliale. Paneth (i' n'a pu se faire une idée exacte de la structure du plateau; voici comment il s'exprime : " Eine sichere Ansicht liber das Wesen des Bourrelets, liber die Art und Weise, wie es aus einer Erscheinungsform in die andere libergeht, habe ich nicht gewonnen. Nur dass er unter gewis- sen Umstandenaus Stâbchen besteht, ist sicher. Am plausibelsten erscheint mir die Ansicht Eberths {Zur Entivickelung der Geivebe im Schivanie der Froschlar.ven, Arch. f. mikr. x\nat., Bd. 2, p. 490, 1866) welche derselbe an einem âhnlichen Object, wie das uns beschâftigende, nâmlich an der Cuticula der Epidermiszellen von Froschlarven durch Behandlung mit Chlorgold gewonnen und mit Beziehung auf das Bourrelet des Darmepithels ausgesprochen hat. Darnach bestlinde er aus " festeren, stârker lichtbre- chenden Stâbchen und einer dieselben zusammenhaltenden weicheren Zwis- chensubstanz. r. Nous venons de voir que, dans les premières cellules épithéliales de la paroi propre du provftntricule de notre larve, le plateau est nettement strié, qu"il est limité de chaque côté par une membrane continue et que les stries sont dues à des filaments d'une épaisseur variable. Si les avis diffèrent pour ce qui concerne la structure du plateau, ils ne sont pas plus concordants quand il s'agit d'élucider sa fonction physio- logique. Le plateau, avons-nous vu, a été découvert par Henle dans les cellules épithéliales de l'intestin. A cette époque les savants recherchaient activement les voies d'absorption des corps gras dans le tube digestif. Kolliker ayant décrit le plateau comme traversé de canalicules, ceux-ci furent considérés comme les voies par lesquelles les corps gras entraient dans le corps cellulaire, d'autant plus que Kolliker et Donitz avaient vu des gouttelettes graisseuses entre les stries du plateau. Mais bientôt on signala l'existence d'un plateau dans les cellules épi- théliales de différents endroits du corps, et chez les animaux les plus divers. (1) J. Paneth : Ueber die seccrnireiidcn Zcllcn des Dûnnddrmepithels ; Archiv f. mikr. Anat., Bd. 3i, Heft 2, p. 141, i888. 220 A. VAN GEHUCHTEN ViRCHOW (i) le trouva dans la vésicule du fiel, Leuckart (2) et Dônitz (3) dans l'épiderme de l'ammocète et du petromyzon. En 1871, Verson (4) le signala dans les glandes de Lieberkuhn de l'intestin, et, sous l'empire des idées régnantes, Hoppe-Seyler (5) en tira la conclusion que les glandes de LiEBERKiiHN devaient avoir une fonction résorbante. Longtemps avant lui, Leydig (6) l'avait décrit dans les vaisseaux de Malpighi de quelques insec- tes. Frenzel (7) le retrouva dans le foie des mollusques et l'intestin moyen des insectes, et le considère comme formé de filaments très fins indépen- dants les uns des autres à leur bout périphérique. Enfin, ce détail cellulaire, qui fut considéré pendant longtemps comme un caractère des cellules absorbantes, nécessaire au mécanisme de l'absorption, devint l'attribut constant des cellules sécrétantes, au point que Tornier (8), ayant décrit sous le nom de Biirsteubesât^e le plateau découvert par Heidenhain dans les cellules glandulaires de l'estomac de plusieurs batraciens, de quelques sauriens et de quelques mammifères, le considéra comme ayant des l'apports très intimes avec l'activité sécrétante de ces cellules : - Es hangen die Bur- stenbesatze, conclut-il, mit der Sccretionsthâtigkeit zusammcn; aber das Wie lasst sich noch nicht entscheiden. ^ Tornier le retrouva aussi dans les reins des amphibies et de quelques mammifères, où Nussbaum (9) et Klein (10) d'ailleurs l'avaient déjà signalé depuis longtemps. Il est bien vrai que Heidenhain a fait remarquer que le plateau des cellules glandulaires diffère de celui des cellules épithéliales des villo sites intestinales. Il admet, en effet, contre Paneth, l'existence d'un plateau strié (1) ViRCHOw : Ueber das Epithel dcr Gallcnblase tind ûber chien intcrmcdiàren Stoffn